> Saint-Jacques de Compostelle
Aubrac « loco horroris et vastae solitudinis»
«
Sur une rude et haute
montagne d' Auvergne, couverte de neige et de brouillards
pendant huit mois de l' année, on aperçoit
un monastère, bâti vers l' an 1120, par
Alard, vicomte de Flandres.Ce seigneur, revenant d'un
pèlerinage, fut attaqué dans ce lieu par
des voleurs ; il fit voeu, s' il se sauvait de leurs
mains, de fonder, dans ce désert, un hôpital
pour les voyageurs, et de chasser les brigands de la
montagne. étant échappé au péril,
il fut fidèle à ses engagements, et l'
hôpital d' Albrac ou d' Aubrac s' éleva
in loco horroris et vastae solitudinis , comme leporte
l' acte de fondation. Alard y établit des prêtres
pour le service de l' église, des chevaliers
hospitaliers pour escorter les voyageurs, et des dames
de qualité pour laver les pieds des pèlerins,
faire leurs lits, et prendre soin de leurs vêtements.
Dans les siècles de barbarie, les pèlerinages
étaient fort utiles ; ce principe religieux,
qui attirait tous les hommes hors de leurs foyers, servait
puissamment au progrès de la civilisation et
des lumières. Dans l' année du grand jubilé,
on ne reçut pas moins de 444500 étrangers
à l' hôpital de Saint-Philippe-De-Néry,
à Rome ; chacun d' eux fut nourri, logé
et défrayé
entièrement pendant trois jours. Il n'y avait
point de pèlerin qui ne revîntdans son
village avec quelque préjugé de moins
et quelque idée de plus. Tout se balance dans
les siècles ; certaines classes riches de la
société voyagent peut-être à
présent plus qu'autrefois, mais d'une autre part,
le paysan est plus sédentaire.»
Extrait tiré du Génie du
Christianisme de Chateaubriand.