Le Rez-de-Chaussée, est un bel espace lumineux et chaleureux qui détonne dans le quartier bigarré des puces de Saint-Ouen. L'endroit idéal pour se recomposer après avoir chiné aux Puces ou s’être farci la grimpette de Montmartre.
De loin, le patron ressemble à Jean-Pierre Bacri. De près, Thierry Cayla est plus souriant... Ce petit fils de vigneron du vallon de Marcillac est passé par Toulouse, avant de faire une longue carrière dans l’industrie hôtelière, du Sofitel du Vieux Port de Marseille en passant par le Holiday In de Paris, avec un détour par le Fouquet’s. Titulaire d’un MBA en industrie agroalimentaire, il en connaît un rayon.

Avec le Rez-de-Chaussée, il a tourné le dos à la massification pour embrasser le destin de ces hommes et femmes qui font profession de nourrir leurs contemporains en leur apportant un supplément d’âme dans des endroits singuliers. En quatre ans, avec son équipe, il a fait du Rez-de-Chaussée l'un des meilleurs rapports qualité-prix du quartier -et de Paris- avec une formule à 12,50€ entrée et plat, plat ou déssert, midi et soir.
A ce sujet, cela vaut vraiment le coup de pousser la porte du Rez de Chaussée, le soir, pour souffler, découvrir un vin, et savourer la vie entre amis. L'âme s'y allège...en suivant des yeux les arabesques et les frises de fer forgées dessinées par un jeune décorateur visiblement marqué par Cocteau.

Afin de rester en cohérence avec cet onirisme le savoir-faire de Mattieu n’est pas de trop pour dresser de belles assiettes chaleureuses et copieuses. Il sait faire oublier le côté parfois lourd et rustique du terroir aveyronnais. Qu’il s’agisse des tripous de Savy, du poulet bio de l’Aveyron aux champignons, des charcuteries signées Bories , et au-delà, confit de la Quercynoise et ces fameuses lentilles de Saint-Flour, il y a toujours une touche, un présentation, un fagot d’haricots ou une petite pointe d’épices ou quelques graines de millet qui subliment le terroir sans le dénaturer.
Et puis il sait sortir des frontières aveyronnaises avec brio, ainsi en va-t-il du gâteau de crabe au piment d’Espelette, ou de ses joues de loup à la graine de sésame, « J’aime surprendre en mélangeant fondant et craquant » explique-t-il. C’est réussi autant que son trio de crèmes brûlées parfumées.
Question surprise, Thierry Cayla, quant à lui, n’est pas mal non plus...A chaque printemps il demande à ses parents, restés au pays, de lui envoyer des kilos de “respounchou“. Cette plante, aussi appelée tamier, dont la pousse tendre se mange au printemps, est consommée depuis des siècles par les paysans du Rouergue. Vous en connaissez beaucoup d'endroits à Paris où l'on peut manger du “respounchou“ ?