>
Raymond
Costes : l'institution des Deux Magots (suite du portrait)
Lambassadeur
Avec sa trombine et sa faconde, Raymond représente
souvent la maison Deux Magots à lextérieur.
Cest vrai lors des festivals littéraires.
Cela vaut aussi lorsque les Japonais rachètent
le nom Deux Magots pour monter la même
affaire à Tokyo.
Raymond y a passé deux mois pour initier
les garçons nippons au service à
la française. «On nentendait
pas une mouche siffler. » Ce nest
plus vraiment le cas avec ses jeunes collègues
français.
«Ils nont pas ce contact que lon
essaye détablir avec le client.
Ils sont pressés, ils veulent dabord
faire du chiffre. Ils ne prennent pas soin des
tables » Il lavoue à demi-mots,
mais cette logique du rendement généralisée
est initiée par le haut. Et elle tend
les rapports humains.
Un
service gage de la civilisation
Si les Japonais, peuple délicat et formaliste,
ont fait venir Raymond et dautres pour
les former, cest bien parce que les Deux
Magots, sont restés une dernière
valeur sûre pour ce qui est du service,
et du respect dune tradition.
Un exemple : que lon commande un whisky
ou un verre de Bordeaux, le garçon apporte
la bouteille sur le plateau vous le servir.
Ce genre de service est aussi le gage que lon
sert au client ce quil a demandé.
Ce qui nest pas toujours le cas, lorsquon
commande un verre de vin.
Ce
service stylé se répercute sur
les prix. Le café à 3,81 (25 francs),
le Kir à 6,10 (40 F) ne sont pas à
la portée de toutes les bourses.
«A ce prix-là, les clients sont
très exigeants. »
Inversement, dautres prennent leurs jambes
à leur cou lorsquils reçoivent
laddition. Raymond doit alors courir sur
le parvis de l'église de Saint-Germain
des Prés.
La
familiarité nest pas non
plus de mise. «Ici on sert rarement
la main aux clients » Raymond sait
à qui il a à faire du premier
coup dil.
Et puis il y a des règles non dites
à respecter. «Si vous avez
un client que vous avez vu avec une femme
le matin, revenir le soir avec une autre,
il vaut mieux lui épargner les
formules type rebonjour, ou comment
ça va depuis ce matin ? »
Il y a aussi de ces très bons moments.
Comme cette histoire de couple de Russes
venu à Paris fêter ses vingt
ans de mariage et qui a bondi de joie
en voyant Raymond et en lui apprenant
quil les avait déjà
servis vingt ans auparavant. Ou encore
des scènes à la Lelouch
comme celles de ce client, un soir de
la Saint-Sylvestre qui a un rendez-vous
avec une femme à 19h. La femme
se faisant attendre, le client commande
et consomme jusqu'à minuit. Finalement
dépité par ce lapin, il
donnera à Raymond le manteau de
fourrure quil avait apporté
pour sa fiancée.
Avec
sa trombine et sa faconde, Raymond représente
souvent la maison Deux Magots à lextérieur.
La
fibre pays mise à mal par le déclin
de lamicalisme
Raymond a la fibre pays. Lors du marché
de Bercy, il joue les porteurs deau Il est
vice-président de lamicale de Mouret,
Pruines, Villecomtal, et Muret le Château
qui va bientôt fêter ses 100 ans.
Il est bien obligé de constater le déclin
de lamicalisme dans lépoque
actuelle.
«Quand jétais jeune, à
chaque banquet, nous étions 500 aux Salons
Delbor -où jai rencontré mon
épouse originaire de Sénergues.
Aujourdhui, comment voulez-vous faire un
banquet à 120, cela suffit à peine
à payer lorchestre.
Et il ny a plus personne qui monte du pays.
Et cest vrai que nos enfants nont
pas grand-chose à faire des discours du
président dhonneur. Le seul moyen
de sen sortir cest de fusionner les
amicales. »