La
fierté d'être garçon
Cet homme est un symbole et une survivance.
Ceux dun temps où il y avait à
Paris une éthique et une esthétique
des bistrots.
Depuis vingt-deux ans, il uvre dans ce
lieu symbolique du PRG (Paris Rive Gauche) :
les Deux Magots.
Sa terrasse, ses tables de bois patinées
par les manches des obscurs ou des illustres
écrivains français ou américains.
De lestampillé 100 % Paris Nostalgie.
Et puis il y a Raymond. Ses bacchantes de gascon,
son accent rouergat et sa gentillesse ont fait
une figure de ce chef de rang.
Malgré les ans, sa fierté pour
son métier demeure intacte. Garçon
a-t-il imprimé fièrement sur sa
carte de visite recto-verso, un côté
pour les Deux Magots de Paris, lautre
pour les petits-frères de Tokyo. Mais,
quand il regarde le monde et il en voit-
la nostalgie de son métier létreint
comme si lheure du crépuscule avait
sonné. «Un café avec tous
les garçons dans le même uniforme,
je trouve que ça a de la classe. Maintenant
ça nintéresse plus les jeunes».
A l'origine une erreur daiguillage
En toute bonne logique paysanne rouergate,
Raymond, aîné dune
famille de sept enfants, aurait dû
reprendre la ferme familiale de Mouret.
Laigreur dun gratte-papier
militaire lenvoyant chez les parachutistes
en dépit dune recommandation
paternelle pour la caserne de Rodez, en
a décidé autrement.
Au retour, son jeune frère avait
pris les choses en main. Alors au lieu
de côtoyer les vaches, Raymond a
côtoyé les têtes de
lédition et des médias,
les apprentis mannequins, les starlettes
et les touristes nippons.
Cest
le père de lactuel patron
du Wepler, Michel
Bessières, dont les terres voisinaient
celles des Costes, qui laccueille
à sa descente de train au Terpsichor,
sur le boulevard des Italiens. Raymond
y apprend tous les postes du métier
du père Bessières. (ci-dessus
avec son copain Capou au marché
aveyronais de Bercy dans une autre tenue..)
Il file ensuite au café de la Paix
avant dêtre embauché
par René Mathivat, auvergnat et
père de lactuel propriétaire.
«Jai été le
dernier à être embauché
par lui. Il me tutoyait. » regrette
cet homme qui noublie pas lambiance
quil y avait dans léquipe
des Deux Magots. Trente garçons
uvrent encore ici aujourdhui.
Cest
lune des dernières grandes institutions
de la Rive Gauche encore indépendante.
Cette vieille maison parisienne créée
en 1885 est dans les mains de la famille Mathivat, dorigine
auvergnate, depuis 1919. Sa terrasse donnant sur léglise
Saint-Germain des Prés continue daimanter
le client étranger par beau temps.
Résultat, les Deux Magots, ont une clientèle
composée à 70 % de touristes et à
30 % dhabitués. Proportion exactement inverse
au Flore voisin.
Les Deux Magots attirent encore quelques têtes
médiatiques et littéraires et cultivent
comme dautres la patine intellectuelle notamment
par leurs prix littéraires.
Et cest vrai quil demeure de ces écrivains
qui grattent dans le silence sur des tables patinées
par les ans, et essuient les affres de linspiration.
Lambiance sonore des Deux Magots doit également
les inspirer. Ce rythme de tasses de café et
de verres qui sentrechoquent à larrière
du bistrot dans les cuisines est à peine pollués
par les sonneries portables et les cris dhystériques
qui parfois les accompagnent.