Histoire
d'une saga : Les
Aveyronnais de Paris, pour un peu, ça
sonnerait presque comme le titre dun roman
de Balzac !

(photo-montage : au bout de l'Aubrac, Paris)
Combien
sont-ils dans la capitale, ces femmes et ces
hommes à l'accent aveyronnais ? Des milliers.
Le chiffre le plus souvent donné est
de 320 000. Près
de 6 000 cafés, hôtels et restaurants
sur Paris et en Ile-de-France seraient entre
leurs mains. Une chose est sûre : les
Aveyronnais de Paris sont plus nombreux que
leurs compatriotes résidant encore dans
ce département qui ne compte plus que
270 000 âmes.
Le
café du Métro, rue de Rennes,
au début du XXe siècle.

Plus
Parigots que les Parigots
Mais
il y a un autre paradoxe : étant parfois
installés dans la capitale depuis au
moins trois, voire quatre générations,
nombre d'Aveyronnais de Paris, sont en fait plus « Parigots » que beaucoup de
Parisiens montés récemment à
la Capitale.

Comment
se fait-il alors que cette revendication de
l'identité aveyronnaise ne se soit pas
dissoute au contact de la ville lumière
?
Même
si la comparaison est un peu osée, on
peut dire que ce viscéral attachement
au pays des ancêtres n'est pas loin de
rappeler celui des Tribus d'Israël pour
le pays de Canaan ! Ce
rappel des racines et cette organisation structurante
de la communauté distingue bien les Aveyronnais
d'autres originaires de provinces françaises
qui n'entretiennent plus qu'une légère
nostalgie de leur terre d'origine.
Le
pays dans la peau
Plus
stupéfiant, nombre de Rouergats regrettent
d'être nés à Paris. « Enfant,
j'ai gratté ma Carte d'identité pour faire disparaître Paris comme lieu
de naissance
et inscrire à la place Bozouls au stylo-plume
mais ça avait fait un gros pâté
», raconte par exemple Jacques Mélac,
fondateur d'un des plus
célèbres bistrots à vin.
Les
Pastourelles de l'Aveyron, filles de limonadiers
de
la capitale, ne sont pas en reste. «
Notre cur reste au pays », proclament-elles
véhémentes
La
destinée de la plupart de ces familles
aveyronnaises, installées dans la capitale,
est très souvent riche en rebondissements
et en ruptures de tout ordre. Ces sagas se développent
sur plusieurs générations, du premier
porteur deau monté à la capitale,
voilà plus de 150 ans, en passant par les
bougnats, vendeurs de charbon et de vin, dont
les enfants ou les petits enfants sont aujourd'hui
à la tête
de grandes brasseries.Bref,
la place occupée par les Rouergats dans
les métiers de la limonade n'est pas due
au hasard, mais bien à un acharnement et
à une solidarité de toute la communauté
durant des dizaines d'années sur cette
terre d'émigration qu'est devenue Paris.
Fidèles
plus que d'autres au dicton « Aide-toi,
le ciel t'aidera », nombre d'entre
eux ont suivi un parcours classique dicté
d'abord par des considérations démographiques.
Quand il y avait trois frères à
la ferme, l'un la gardait et les deux autres
montaient à Paris. Le phénomène
a perduré jusqu'aux années soixante.
Témoignages :
« Avec six copains, on est monté
à la capitale à la fin de la guerre
d'Algérie en 1962. J'ai été
hébergé chez une tante, d'autres
chez des parents. »
« De
toute manière, nous savions que nous
pouvions compter sur des points de chute ».
Il
y avait aussi les « Parisiens »
ceux qui avaient déjà leur
bistrot à Paris , qui descendaient
au pays l'été et remontaient avec
un jeune du village.
« Aujourd'hui, vous pouvez vous accrocher,
explique un patron, pour faire remonter des
jeunes du pays. »
Les
temps changent.