Il
ne faut pas rouler trop vite sur la longue
rue de Vaugirard, surtout du côté
de la mairie du 15ème arrondissement,
au risque de passer à côté
d’endroits bons et vrais comme Les
Colonnes. Voilà une affaire tenue
depuis 18 ans par un originaire de Lacroix-Barrez,
Jean-Raymond Delmas.
Il y a quatre ans, taraudé par
ses racines, Jean-Raymond Delmas a réorienté
toute la politique de son bistro sur son
terroir. Cela se voit au premier coup
d’œil : paire de cornes d’un
taureau Aubrac, premier prix du Salon
de l’agriculture 1970, affiches
sur la race éponyme, aquarelles
de villages rouergats. Rien ne manque…
Mais
la vraie reconnaissance n’est pas
sur les murs évidemment mais bien
dans l’assiette. Et sur ce plan-là,
Les Colonnes s’en sortent par le
haut.
A
commencer par la viande d’Aubrac
que le patron connaît plutôt
bien. Son frère est éleveur
de bœuf bio du côté
de Brommat. Côte de bœuf fermier
Aubrac, tête de veau, saucisse,
tout arrive de chez Conquet
à Laguiole. Il y a aussi les tripous
signés Savy.
L’Aligot est filé à
la demande. Mais dans le terroir rouergat,
il y a plus recherché comme les
Picaousselous, ces galettes de fines herbes,
spécialité du Carladez,
que l’on peut accompagner d’une
salade ou d’une assiette de charcuterie.
Toutes
ces excellentes choses sont travaillées
par un jeune chef, natif du Gers, Pierre
Baudet. Il met un point d’honneur
à respecter le produit. Pas question
d’en rajouter sur la sauce quand
l’essentiel –par exemple une
entrecôte d’Aubrac- est là.
Pierre est aussi un créateur qui
innove au fil des saisons sans jamais
perdre le fil du terroir et d’une
certaine tradition de plats canailles
qui ont fait la réputation de la
maison.
Ses
galettes de pied de porc valent le détour
tout comme son pot-au-feu d’été
froid servi en gelée avec une salade
de haricots jeunes (photo ci-dessus).
Idéal les jours de grande chaleur.
L’homme n’oublie pas non plus
son Gers. Quand il décline le canard,
c’est à sa façon,
par exemple en carpaccio de Magret avec
une galette de lentilles du Puy. Ne parlons
pas des pavés de canards au foie
gras.
Enfin pour les vrais gourmands Pierre
sait aussi travailler ses desserts. Ainsi
de ses millefeuilles qui rallient bien
des amateurs du quartier.