Raynal
fait partie de ces hommes de plume du XVIIIè qui
vont dynamiter lédifice social de lAncien
Régime en instillant dans lopinion publique
les idées nouvelles.
Et le paradoxe de sa situation, cest quil est
le premier à bénéficier du système
quil dénonce. Il participe en effet, du système
général où les grands noms de la noblesse
se piquent de faire circuler sous le manteau les écrits
interdits de Voltaire ou ses propres ouvrages, imprimés
à Amsterdam et à Genève.
Lacte
I du parcours de Raynal évoque celui dun Alain
Minc. Genre consultant très bien payé par
de grands entreprises et essayiste en vogue qui ne sembarrasse
pas de scrupules pour reprendre à son compte des
passages entiers écrits par dautres quand linspiration
vient à manquer.
Par ses pamphlets, Raynal a servi les grands de lépoque
Choiseul, secrétaire dEtat aux Affaires étrangères
de Louis XV, le protégé de la Pompadour. Il
écrit des ouvrages de commandes, pour satisfaire
des buts de stratégie de la diplomatie française.
Noublions pas que les élites européennes,
parlent, lisent, pensent en langue française. Ainsi
en va-t-il lorsquil publie lHistoire du Parlement
dAngleterre, plutôt critique sur le système
britannique. Ils fréquentent les salons littéraires,
à commencer par celui de la célèbre
Madame Geoffrin (ci-dessus, indiqué par la flèche).
La récompense de ces bons et loyaux services tombe
avec la nomination de Raynal à la tête du Mercure
de France, le grand périodique littéraire
de lépoque. Etre directeur du Mercure de France,
cest être au firmament de la République
des Lettres, une sorte de Bernard Pivot puissance 10 à
lépoque dApostrophes.