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Libération de Paris

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

> La libération de Paris vue par deux Aveyronnais


Le journal de Geneviève Lépine. 2

Mardi 22 août
On me demande d'aller à Ivry le lendemain matin de très bonne heure car le plan de détresse doit être mis en vigueur et l'on commencera à distribuer farines et lait pour les enfants.
Voilà enfin une activité. Il n'y a rien de pénible en ce moment que cette inaction dans l'attente.


Mercredi 23 août
A 6h30 je pars pour Ivry. A cette heure matinale, la capitale est encore calme. Je suis seulement retardée par de nombreux barrages non gardés mais qu'il faut sauter. Je dois faire de la gymnastique avec ma bicyclette. Sur tout le parcours bd de Port Royal, av des Gobelins, av de Choisy des arbres ont été coupés, des pavés entassés, des grilles d'arbres arrachées, vieilles ferrailles, lits de fer, vieilles cuisinières ont été amoncelées pour barrer la route aux chars allemands et les empêcher probablement de sortir de Paris. A la porte d'Ivry un ouvrier complaisant porte ma bicyclette de l'autre côté de la barricade car je ne peux pas passer toute seule ...
je vais voir tout de suite Mme D. qui me donne quelques détails sur les derniers événements d'Ivry changement de municipalité, premiers actes d'autorité de celle-ci ... mise à la porte du centre d'enseignement ménager ... Tout cela n'est pas bien beau et refroidit mon enthousiasme, toute la cuisine politique, les égoïsmes et les rivalités de partis d'avant la guerre, hélas il faut s'y attendre.
Le service que l'on me confie n'est guère actif. Les gens ont du être mal informés car peu de mamans viennent chercher les provisions de farine et de lait auxquelles elles ont droit. Nous voyons arriver une fille d'une dizaine d'années toute en larmes , sa maman allemande paraît-il vient d'être arrêté avec le plus jeune bébé, on en sait où elle est, la pauvre enfant est toute désemparée, comme la guerre est injuste !!
Dans l'après-midi il y a une forte bataille aux abords de la mairie plusieurs tués dont le chef de la résistance d'Ivry.
Nous sommes encore à table lorsque les balles sifflent autour de la maison. L'une d'elles vient écorner l'une des fenêtres de l'église et la façade de la maison qui nous fait vis-à-vis dans la rue de Paris est criblée.
Le canon tonne toute la journée, le soir le ciel est sillonné d'éclairs on se demande s'il s'agit d'un orage ou d'une bataille mais c'est bien un orage. Tout est illuminé et bientôt il se met à pleuvoir violemment. Je couche à Ivry car avec les batailles de rues, il ne peut être question que je rentre à Paris chaque soir.


Jeudi 24 août
Après le dîner les gens s'excitent, plusieurs reviennent de la Porte d'Ivry en annonçant l'arrivée du Général Leclerc. Aussitôt tout le monde s'y précipite. Nous sommes toutes bien fatiguées et allons nous coucher après avoir recueilli pour la nuit un petit vieux de l'hospice de Bicêtre qui trop fatigué d'une longue course ne peut plus avancer. Nous le faisons dîner et l'installons au 1er étage dans une chaise longue.
Vers 22h30 alors que j'étais en train de me déshabiller les cloches de l'église toute proche se mettent à sonner à toute volée, nous nous retrouvons toute sur le palier le coeur serré, les larmes aux yeux. je téléphone à la maison, l'armée Leclerc vient d'entrer dans Paris et tous les clochers de la capitale saluent l'heure enfin arrivée de la Libération. Bd Raspail me dit Papa tout le monde est dehors applaudissant et chantant la Marseillaise.
On dort mal cette nuit là. e.

(suite du journal de Geneviève Lépine)


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