Maurice Raynal et la Bande à Picasso

Interview de David Raynal

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



Maurice Raynal, l'ami de Picasso
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Interview de David Raynal donnée le 14 janvier 2008 (suite)

Picasso lui a tout de même donné une esquisse des Demoiselles d’Avignon... 
A l’époque, cela avait plus une valeur sentimentale que marchande. Picasso a peint les Demoiselles d’Avignon en 1907 et ne les a montrées au public que neuf ans plus tard. Le tableau s’appelait d’abord le Bordel d’Avignon puisque c’était une scène d’un bordel de Barcelone situé rue d’Avignon. L’œuvre était une telle rupture que ce grand tableau était caché au fond de l’atelier. Picasso ne le montrait qu’aux personnes qui pouvaient le comprendre comme mon grand-père, André Salmon ou le marchand Daniel Henry Kahnweiler. C’est d’ailleurs pour ça que Picasso lui avait offert cette esquisse -aujourd’hui au Moma de New-York- qui montrait qu’au départ, la toile était peinte en rose. C’était donc un prolongement de la période rose. 
Trente ans plus tard, mon grand-père assistera également à la réalisation de Guernica qui préfigure la Seconde Guerre mondiale. 


Les deux œeuvres sont exposées au Musée d'Art Moderne (Moma) de New-York


A cette époque, votre grand-père rencontre Germaine, votre grand-mère, une blanchisseuse de Montmartre ? 
Au départ, il n’ose pas la présenter à ses amis du Bateau-Lavoir dont il craint les excentricités. Alors qu’il est en Aveyron, ma grand-mère se fait “draguer” le matin avec insistance par deux jeunes hommes dont l’un à un regard de braise typiquement espagnol. Rentré de Capdenac, Maurice se résoud à présenter ma grand-mère à ses amis du Bateau-lavoir. Quand il arrive dans l’atelier, il se rend bien compte du sourire gêné de Juan Gris et de Pierre Reverdy qui découvrent que la jolie blanchisseuse était en fait la fiancée de mon grand-père...


Maurice et Germaine Raynal peints par Juan Gris

Sur ce plan des mœurs, vous racontez que votre grand-père a cassé sa canne sur le dos de Modigliani car il avait manqué de respect à votre grand-mère ? 
Le statut d’artiste ne permettait pas tout. Un jour Modigliani a commencé à appeler ma grand-mère Ma chérie et à la tutoyer. Mon grand-père lui a cassé sa canne sur le dos. Le peintre ne lui en a pas voulu. Au contraire pour se faire pardonner, il a emmené mon père qui devait avoir quatre ou cinq ans, au cinéma voir des films de Buster Keaton. Et comme il n’avait pas les moyens de payer deux places, il l’a pris sur ses genoux. Ainsi mon père, a vu tous les films de Buster Keaton sur les genoux de Modigliani.

 

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