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Fameux rouergats
LE
PERE MARIE-EUGENE DE L'ENFANT-JESUS, UN GRAND SAINT POUR
L'AVEYRON ET POUR LE MONDE.
Texte
rédigé par Rémi Soulié
Traditus gratiae Dei
Par une grâce spéciale, le Rouergue épiphanique
donna le jour au plus grand mystique carme depuis sainte
Thérèse d'Avila, saint Jean de la Croix, sainte
Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la
Sainte-Face, sainte Thérèse Bénédicte
de la Croix: le Père Marie-Eugène de l'Enfant-Jésus,
né Henri Grialou. Pourtant, pas une anthologie des
Aveyronnais célèbres qui ne l'ignore, alors
que sa cause de béatification a été
ouverte en 1985, à l'initiative de Mgr Bouchex, archevêque
d'Avignon. **
Le nom qu'il s'est choisi l'indique: Eugène est bien-né,
"enraciné dans son Aveyron natal", comme
dit Mgr Gaucher. C'est d'ailleurs en hommage à la
prieure du Carmel de Rodez Mère Marie-Eugène
du Sacré-Coeur, avec qui il s'entretient longuement
des maîtres du Carmel, que le Père Marie-Eugène
décide de s'appeler ainsi, dès son entrée
dans l'Ordre carmélitain.
Henri
Grialou naît donc au Gua, près d'Aubin, le
2 décembre 1894. Sa famille, très modeste,
nombreuse - il a un frère et trois soeurs - est d'origine
paysanne, comme la plupart des familles rouergates. Son
père, Auguste Grialou, né en 1860, après
avoir effectué son service militaire en Algérie
pendant cinq ans dans une section d'infirmiers, travaille
à la mine. Sa mère, née Marie Miral,
tient un petit restaurant qu'elle abandonne pour se consacrer
à l'éducation de ses enfants. Ses propres
parents sont agriculteurs à Valzergues, à
côté de Montbazens. En 1904, Auguste Grialou
meurt d'une pneumonie, alors qu'Henri est à peine
âgé de dix ans. La figure maternelle prend
pour lui des proportions considérables, "objet
(...) d'un culte d'adoration, de tendresse et de reconnaissance
éperdue." D'où une dévotion particulière
au mystère marial, entrevue à travers le mystère
Miral. Au cours de son agonie, harcelé par le Démon,
il appellera sa mère au secours. Veuve, Marie Grialou
subvient aux besoins de sa famille, aidée de son
fils aîné Marius, ouvrier de seize ans, sans
ménager sa peine. Au Gua, on l'appelle "le granit
du Rouergue"! Le voeu de pauvreté, si j'ose
dire, ne coûtera pas au jeune Carme. Pour soulager
sa mère,
Henri garde des porcs, sur un crassier, et participe à
sa manière à la
"division du travail".

Elève des Frères des Ecoles chrétiennes,
Henri rencontre peu de temps après sa première
communion un religieux missionnaire de la Congrégation
des Pères du Saint-Esprit envoyé au Gua, déjà
terre d'évangélisation. Grâce à
lui, il peut réaliser sa vocation: devenir prêtre.
Après un séjour à l'étranger,
Henri entre au Petit Séminaire de Graves, à
côté de Villefranche-de-Rouergue, où
il excelle: au palmarès du 24 juillet 1909, présidé
par l'évêque de Rodez Mgr deLigonnès,
il remporte six prix sur douze. A la fin des études
secondaires, bac en poche, Henri entre au Grand Séminaire
de Rodez le 2 octobre 1911. Le 12 décembre 1913,
la guerre approchant, il interrompt ses études pour
s'engager au 122° Régiment d'Infanterie de Rodez,
animé par un solide esprit patriotique. Il obtient
le grade de lieutenant
et plusieurs décorations pour bravoure. Il ne reprend
sa formation théologique qu'en 1919, un an après
l'armistice. Cette longue expérience militaire servira
à la vocation de ce soldat de Dieu, physiquement
et spirituellement. Lui-même se voudrait, à
la Bernanos, "un bon capitaine de l'armée du
Christ". Ce versant martial de l'"athlète"
paulinien perdure dans un sens profond de l'ascèse.
Outre d'atroces combats menés sur le front - Verdun,
Chemin des Dames _-il s'occupe des recrues du 122° R.I.
à Tournemire. Souvent, il éprouve la protection
spéciale de sainte Thérèse deLisieux,
pour lui et pour ses hommes. Les témoignages abondent,
surtout chez les anticléricaux. Quarante sept séminaristes
de Rodez trouvent la mort dans ce qu'il faut bien appeler
avec Léon Bloy une "guerre d'extermination.":"Ils
nous aideront, plus tard, à tenir notre rôle,
et permettront que nous travaillions pour eux. Plus que
jamais, il y aura du travail."
Henri
Grialou anime un patronage de jeunes filles à la
cathédrale de Rodez. Ses supérieurs remarquent
avec admiration sa maîtrise et l'étendue de
ses dons. Marie Grialou, elle, renâcle. Elle craint
de perdre ce fils tant aimé. Avec ses gros sabots,
on l'entend venir de loin: elle accepterait bien la prêtrise
de son fils, mais à condition de finir ses jours
auprès de lui, dans une paroisse rurale du département.
Date capitale: le 13 décembre 1920, alors qu'Henri
est en retraite de sous-diaconat, il lit un Abrégé
de la vie de saint Jean de la Croix, par le P.
Alfred Parent. Il a la certitude que Dieu le veut au Carmel:
"Je crois que je deviens fou!..."
"Au fond de mon âme, c'est avec saint Jean de
la Croix que je vis."Cette conversion subite, à
la suite d'une lectio divina, rappelle une autre grande
âme du Carmel, sainte Thérèse Bénédicte
de la Croix, née Edith Stein, transformée
après la lecture de la Vie de sainte Thérèse
d'Avila. Henri reçoit le sacrement de l'Ordre le
4 février 1922, dans l'ancienne chapelle du Grand
Séminaire de Rodez. Par dépit amoureux, madame
Mère n'assiste pas à la première messe
de son fils inique. Il célèbre sa deuxième
messe au sanctuaire marial de Ceignac là même
où Marie Grialou _ jouez ici avec les anagrammes
_ l'avait emmené prier la Vierge, petit enfant, alors
qu'il ne
marchait pas, là même où, miraculeusement,
il fit ses premiers pas. Le jeune prêtre
célèbre peu après une messe à
Valzergues, en mémoire de sa grand-mère maternelle
puis, le 12 février, sa première messe en
l'Eglise du Gua. Il quitte ensuite son pays et sa famille
pour entrer dans l'Ordre des Carmes Déchaux, au couvent
d'Avon, près de Fontainebleau.Les travaux que nous
avons consultés rapportent un bref séjour
du Père au Carmel de Villefranche-de-Rouergue, l'essentiel
de ses périgrinations l'ayant mené partout
dans le monde afin de poursuivre sa grande oeuvre, son "livre
ouvert", comme il disait, la fondation de l'Institut
Notre-Dame de Vie, en 1932, à Venasque, dans le Vaucluse,
son "livre fermé", Je veux voir Dieu, somme
de théologie mystique, en étant le deuxième
volet, paru en 1949. Nous fêtons cette année
le cinquantième anniversaire de sa publication.
Sainte Thérèse de Lisieux, cloîtrée,
patronne les Missionnaires; Marthe Robin, clouée
sur son lit, fonde soixante-cinq Foyers de Charité
dans le monde entier. Dieu écrit droit en lignes
courbes, dit-on. "Action et contemplation bien unies",
comme le Père Marie-Eugène le prescrivait
une dernière fois à ses disciples avant de
mourir, voilà le leitmotiv de sa pensée et
de sa vie. La coïncidentia oppositorum n'effraie pas
les spirituels. Ils savent que le paradoxe et l'oxymore
_-je renvoie à tous les écrits mystiques,
à Pascal en particulier- sont la rhétorique
de Dieu dont la raison aimante échappe à la
raison naturelle, plus encline à la dialectique depuis
le péché originel.
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(©l'association
de l'Olivier pour les images)
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