> L'Histoire en 15 tableaux

Tableau n° 12
Le temps des émigrés

Le Café du Métro à Paris au début du XX° siècle

Dans le contexte de licenciements massifs et de crise, les ouvriers aveyronnais prêteront attention aux recruteurs sans scrupules pour des destinations aux noms magiques de Californie ou d’Argentine. Nombre d’entre eux ont tenté l’aventure américaine.


Par exemple à San Francisco où ils achèteront hôtels et restaurants avant de revenir au pays. Si l’on se reporte à l'ouvrage de Daniel Crozes et de Danielle Magnes, consacré aux Aveyronnais et édité par Les Editions du Rouergue, on estime que 120 000 Aveyronnais ont quitté leur département entre 1850 et 1914.

 


Dans les zones rurales, la ferme ne suffit plus à nourrir les fratries. Un frère rallie le petit séminaire, le second file à Paris, le troisième reste au pays.
Dès le XVIIe siècle, de nombreux Aveyronnais pratiquaient déjà l’immigration saisonnière, à l’image de ces scieurs qui partent, chaque hiver, louer leurs bras et leurs scies en Catalogne.

De ces grandes campagnes de sciage, ils rapporteront la Navaja. Les courbures hispaniques de ce couteau catalan sauront inspirer Pierre-Jean Calmels, le créateur du réputé couteau Laguiole.

Quand les choses ont commencé à mal tourner en Espagne (vague d’épidémies et troubles politiques) sous la Restauration, les Aveyronnais se sont tournés vers d’autres horizons. Ceux de la montagne (Aubrac, Carladez, Vallée du Lot) ont dirigé leurs pas vers la capitale. Ces premiers temps furent les plus durs : de saisonnière l'immigration devint permanente.

La plupart optèrent alors pour le métier de porteur d’eau. Travail de forçat à monter et à descendre les escaliers toujours en butte avec la maréchaussée et les bourgeois, car ces hommes turbulents tentaient souvent de s'assurer un monopole de fait sur les fontaines de la capitale contestant leurs droits aux autres usagers.


Comme le relève Alfred Fierro dans son Dictionnaire de Paris (Robert Laffont, collection Bouquins), « Ces Auvergnats amassaient peu à peu une petite fortune » en revendant l'eau cinq fois plus cher. Au point que le prix d'un fonds de porteur d'eau pouvait atteindre celui d'un débit de vin.

En prospérant, le porteur d’eau pouvait passer à une carriole équipée d’une énorme bassine munie de robinets.

Le plus rentable était toutefois le porteur de bain chaud. Encore fallait-il d’abord porter la baignoire dans les étages puis les seaux d’eau bouillante, supporter stoïquement les réflexions de la maîtresse de maison : « Soyez gentils, n’en mettez pas partout.» Avec Haussmann, l'eau et gaz à tous les étages pousseront les porteurs d’eau à une reconversion forcée.

 

 

Certains A veyronnais comme la famille Poujade de La Vinzelle près de Grand Vabres sont partis en 1880 aux Etats-Unis tenter leur chance. Julien Poujade était de ceux-là. Parti avec son outil à faire des galoches et quelques bouts de cuir, la fortune ne lui a pas tout de suite souri. Après quelques déboires et des allers-retours au pays, il repart une troisième fois. Ce sera la bonne car il y fera fortune en ouvrant un hôtel à San Francisco.

 



Rêves de Pampa
Lorsque les prix du seigle ou du kilo de cochon tombent à des niveaux indécents, quand les patrons des mines de Decazeville licencient à tour de bras, on pense à une vie meilleure ailleurs. Vers 1880, le refroidissement économique touche tous les secteurs de l’économie et des sirènes de la Pampa font entendre des mélopées envoûtantes qui parlent des grands espaces et de terres noires fertiles.

D’autant que c’est un originaire du pays de Saint-Côme-d’Olt qui a fait entendre ces promesses de lendemains qui chantent.

Clément Cabanettes, sous-lieutenant de son état, a installé la première ligne téléphonique argentine. Le gouvernement argentin lui en sait gré. Clément va alors organiser un véritable plan de colonisation sur un territoire de 25 000 hectares.

Ces terres sont arrosées par le ruisseau du Pigüé, qui donnera son nom à la colonie.
C’est d’abord vers ses compatriotes qu’il se tourne. Il « offre » - contre un partage des récoltes durant six ans et un capital de 3 000 francs- des lots de 125 hectares.

En 1884, il revient à Rodez recruter des colons en leur vantant les richesses de la fertilité argentine. Nombre de familles vendent leurs biens pour réunir le capital nécessaire à cette nouvelle vie. Dès lors, la colonie du Pigüé ne cessera pas de croître et de prospérer.

Cent ans plus tard, la ville de Pigüé compte près de 12 000 habitants. Las, les traditions aveyronnaises ont du mal à survivre parmi les jeunes générations qui, aujourd’hui, revendiquent d’abord leur nationalité argentine.**

***
retour haut de page

 

© aveyron.com - 2005 Reproduction interdite - Tous droits réservés.