En
provenance directe du Moyen-Age, à une époque
où tout se mangeait dans lanimal, les
produits tripiers parlent à notre ventre
et à notre âme. Ils sont un beau défi
aux tentatives à luniformité
du temps présent.

Les tripiers, mis au tapis par lESB, ont donc
raison de les promouvoir. Ainsi ont-ils déclaré
novembre, mois des produits tripiers. On a beaucoup
parlé des pieds et paquets provençaux,
des tripes à la mode de Caen, mais peu ou
pas des tripous rouergats.
Or, comme laligot, ils ont le vent en poupe.
Produit identitaire et festif, le tripou est un
plat daprès fête. C'est le breakfast
aveyronnais que lon déguste dès
potron-minet arrosé dun coup de Marcillac.
Un vrai remontant pour noceur aveyronnais ! On verra
plus bas que le trénel, sa variante méridionale,
nest pas en reste sur le côté
des déjeuners du petit matin. Il est commandé
de plus en plus par les jeunes des comités
de fêtes après des nuits agitées.
Mais en Aveyron, comme toujours, rien nest
simple. Fait à partir de panse de veau, de
mouton ou dagneau, avec de la ventrêche
ou du jambon, il semble bien qu'en matière
de tripou, il y ait autant de recettes que damateurs.
Chacun son truc ! Dans tous les cas, il faut savoir
blanchir les tripes, les laver, les frotter, les
découper et les coudre.
Quant à l assaisonnement, cest
selon.
Lenvolée des tripous
Comme
tout ce qui touche aujourdhui la gastronomie
terroir, cette affaire de tripous a des conséquences
sur le plan économique. Ainsi en Aveyron,
quand on dit tripou, on pense souvent Charles Savy.
Cette entreprise de Naucelle semble porter le flambeau.
L'affaire familiale qui emploie 44 personnes, créée
par Charles Savy, semble ne sêtre jamais
aussi bien portée. Le tripou de Charles Savy
est à base de veau du Ségala. Depuis
lESB, le menu de porc a remplacé la
fraise de veau dans la recette du fondateur. Charles-Pierre
Savy, son petit fils, confie à ce sujet que
lESB na pas dailleurs mis en péril
lentreprise. Au contraire. Le chiffre daffaires
a continué daugmenter.
Les tripous de Savy ne sont pas les seuls dAveyron.
On recense aussi les pétites de Laguiole,
beaucoup plus petits.
Mais
l'origine des tripous fait débat : «Les
tripous n'ont jamais été aveyronnais
mais cantalous. Ce sont les trénels qui sont
rouergats. Ils sont totalement différents.
Cousus, pas ficelés et surtout à base
d'agneau. Autrefois, le Rouergue n'était
pas riche. Il n'y avait pas de veaux, uniquement
des moutons» explique Jean-François
Ferrié en guise de pavé dans la marre.
Ce natif de Najac, fait partie de ces Aveyronnais
qui font connaître l'Aveyron même hors
des frontières. Cuisinier réputé,
il a une longue carrière derrière
ses fourneaux. Douze ans à Paris, (La Tour
d'Argent, Fauchon, Auberge de France), revenu à
Rodez de 1974 à 1990 où il a tenu
le Régent. En 1990, il succombe aux chants
de sirènes catalanes qui le poussent à
reprendre une grande maison à Barcelone,
la Maison du Languedoc-Roussillon.
