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Entretien avec Jacques Bernat, président du syndicat des éleveurs.
(4 octobre 2006)

"Comme si on enfonçait un coin dans l’armure du roquefort.“

Que pensez vous de la sortie de ce persillé de brebis par Société baptisé Persillé de Lou Pérac ?
Le 3 octobre, on s’est réunis toute la journée, on en a discuté longuement. On s’est prononcé contre la sortie de ce produit en évoquant le risque que cela faisait courir pour l’appellation d’origine Roquefort.
On va donc essayer d’avoir gain de cause. La Société des Caves c’est une entité qui s’identifie à la région, ce n’est pas parce que les propriétaires ont changé qu’ils peuvent imposer de loin leurs vues.

Quand avez-vous eu connaissance de la sortie de ce produit ?
On l’a appris durant l’été. Mais il faut savoir que ce projet de produire un persillé de brebis est un “vieux dada” qui existe depuis plusieurs années chez Société.
Accoler Bleu de brebis et Société, et c’est le Roquefort qui en prend un coup. D’autant que ce produit n’aura aucune contrainte de territoire ou d’affinage dans les caves naturelles. 
J’espère que les gens de Lactalis vont comprendre, sinon ça va poser de sérieux problèmes. S’ils s’obstinent et que ce fromage sort, ça sera comme si on enfonçait un coin dans l’armure du roquefort.

Société n’est-il pas tenté de suivre l’exemple du groupe Bongrain ?
Bongrain peut faire du faux (Etorki, Saint-Agur), car il n’est pas embêté, compte tenu du fait qu'il n'a pas d’AOC. Nous, on sait bien que le Roquefort plafonne dans ses ventes, on n'est pas contre la diversification, mais pas n'importe comment.

C’est un bleu plus doux que le roquefort que les consommateurs attendent ?
Malheureusement oui, les études consommateurs font remonter des tendances assez fortes vers du plus doux. Pour nous, c’est une interrogation forte pour l’avenir. Elle ne touche pas simplement Roquefort mais toutes les appellations fromagères qui souffrent de leur typicité dans un monde moderne où le sucre est roi.
Mais il est vrai qu'en France on peut s'interroger sur le poids de la grande distribution sur la mise en marché qui atteint un niveau inconnu ailleurs. Cela aboutit à un diktat qui impose aux consommateurs une façon d’être et de consommer. Est-il normal que sur les linéaires le prix sur des produits AOC soient très élevés, sans aucun rapport avec le prix payé aux producteurs ?

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Une nouvelle victoire du Sucre !


S'il sort, le Persillé Lou Pérac sera joli sur les linéaires, il ressemblera à un vrai fromage de France, et surtout, il sera doux au goût et ne chatouillera pas le palais. «C’est ce qu’attendent les consommateurs,» nous explique-t-on. Soit.

On ne peut en vouloir à Société  de vouloir répondre à cette tendance. Ce persillé est une réponse ponctuelle à une tendance générale, celle d’une victoire du sucre omniprésent et consommé à des niveaux jamais atteints. Les industriels de l’agroalimentaire en mettent partout, aboutissant ainsi à un nivellement du goût et préparant ainsi la France à un raz-de-marée d’obèses.

Distribuer à la cantine du Roquefort ou du Brie de Meaux AOC, c’est comme demander à un  élève de troisième de faire une fiche de lecture sur A l’ombre des jeunes filles en fleur de Marcel Proust. Inconcevable.