Le
business du Sport Nature, une spécialité aveyronnaise (suite)
Interview
d'Eric Tarrusson, 51 ans, dirigeant de l'entreprise Millavoise,
Roc et Canyon. Entretien réalisé
le 21 avril 2004.
Au
départ, vous dirigiez une entreprise de camionnage
millavoise employant près de 50 personnes ?
Jai plutôt un profil dautodidacte, jai
repris à 20 ans, Les Routiers Aveyronnais. La
crise du cuir dans les années 80, nous a frappé
comme dautres, de plein fouet et nous a fait perdre
tous nos trafics, les peaux, les produits chimiques, les produits
finis. Il aurait fallu quitter Millau pour sen sortir,
jai préféré vendre progressivement
mes parts entre 1985 et 1988, pour me lancer dans le sport
nature.
Vous
étiez déjà un vrai toqué du sport
?
Mes parents étaient déjà sportifs. Ici,
jai toujours préféré être
dehors, dans la nature, que derrière un bureau. Voilà
trente ans, on pratiquait tous les week-ends, canoë,
escalade, spéléo, delta, dans les causses. On
drainait du monde au point de se retrouver chaque dimanche
avec des groupes de 20 personnes. Cest là quon
sest dit quon pouvait peut-être exploiter
ce créneau.Très
vite, ça a marché et on sest alors rendu
compte, que quatre mois par an, ce nétait pas
suffisant. Il fallait envisager le produit différemment.
On s'est mis alors à proposer des produits clés
en main aux entreprises, et ce durant toute lannée.
On fournissait le matériel, lencadrement, les
déplacements, lhébergement. Très
vite le bouche à oreille a fonctionné, notamment
par les chefs dentreprise qui venaient en été.
Au départ, on a fonctionné avec des fonds propres,
par rapport au transport, ce nétait pas des gros
investissements, quelques camionnettes, et du matériel.
Pendant les trois premières années, mes associés
et moi, on ne sest pas payé, on a réinvesti
tous les résultats. Aujourdhui encore, on poursuit
cette politique de réinvestissement. Lété,
on ne réalise plus que 25% du CA.
Pourtant,
à vous entendre on dirait que ça coince en Aveyron
?
Au printemps, on réalise 80% de nos séminaires
hors Aveyron, cela fait mal au cur. Le développment
de l'activité sur place butte sur lhébergement.
Quand jorganise des opérations pour 400 personnes
qui ont besoin de chambres 3 étoiles, on est obligé
daller au Portugal. Ne généralisons pas,
on arrive quand même à organiser des opérations
de plusieurs centaines de personnes sur lAveyron, comme
avec lentreprise Vinci.
Le viaduc à Millau, ca devrait pulser votre
activité à linstar de léconomie
locale ?
Alors quon savait, voilà quinze ans, que tout
allait changer avec larrivée de l'A75 et la construction
du viaduc de Millau, rien na été fait.
Cette fois-ci, on va dans le mur car il ny a plus dargent
dans les caisses pour investir dans du structurel. La ville
n'a pas fait de réservations foncières permettant
de réaliser des implantations ou des structures en
dur pour l'accueil ou le séjour. Quant aux campings
privés sur les berges du Tarn, les risques d'innondation
empêchent toute évolution vers un habitat léger,
sauf à tout démonter chaque hiver. Résultat,
à partir du 17 décembre, date de l'ouverture
du viaduc, on va passer d'une "politique de cueillette"
- des gens en transit sur la N9 -à une politique de
séjour. Sauf qu'il n'y a pas grand chose à Millau
comme structure capable d'offrir des séjours qui tiennent
la route. L'hiver promet donc d'être catastrophique.
Le tissu est en train de se désagréger à
vitesse Grand V. Le seul salut ne peut venir que de lextérieur.
A croire que Millau nest capable de se ressourcer que
dans la catastrophe.
Roc et Canyon a éte choisi par la municipalité
dEspalion pour exploiter des activités sur le
Lot. Cela a généré pas mal de protestations
sur place ? Pourquoi ? Croyez-vous quon puisse
« exploiter » lAubrac et le Lot, hors de
lété ?
Je nai encore rien signé. Dans le nord du département,
la concurrence semble mal perçue, alors quà
Millau, il y a une dizaine dentreprises comme la nôtre.
La-haut, lAdalpa* semble bloquer tout développement.
En nexerçant que deux mois par an, il arrivent
à proposer des prix moins élevés que
Roc et Canyon qui amortit ses matériels et exploite
toute lannée. Ou je travaille mal ou je suis
un abruti ou il y a un problème de concurrence ? Je
suis content de payer des impôts si lAdalpa accueille
des colos de petits aveyronnais, or ce nest pas forcément
le cas.
Je pense sincèrement quil y a un potentiel énorme
entre lAubrac et la vallée du Lot réunis,
il suffit de voir le nombre dinscrits sur le challenge
de Laguiole.
*Association
Départementale des Activités de loisirs et de
Plein Air
De
la voile, de léquitation, de la rando, du quad
ou du parapente, avec un soupçon de canyoning et de
ballade en raquettes sur lAubrac. La nature a joliment
doté lAveyron, au point den faire un département
à part sur lHexagone, un département où
lon peut pratiquer presque tous les sports nature.
Une étude remontant à 1999 estimait le chiffre
daffaires de la filière à 12 millions
deuros, pour 700 emplois directs, saisonniers ou non.
Pour faire valoir cette spécialisation et mieux suivre
la filière, un Centre de Ressources des Activités
de Pleine Nature, a été créé sous
légide du Conseil général, de la
Ville de Millau, de la CCI, du parc des Grands Causses et
de la Communauté des Communes du Millavois.