ROQUEFORT : LE MYTHE DE LA CAVERNE -juin 2003

A
linstar de Conques ou de Laguiole,
Roquefort, est lune de ces «
mecques aveyronnaises» qui rassemblent
les foules. Confits en dévotion,
les touristes défilent pour visiter
des caves où ne séjournent
plus quune quinzaine de jours les
pains de Roquefort.
Ce quignorent la multitude,
cest quà lombre
du Combalou, le village est le champ clos
d'une lutte féroce avec ses coups
bas, ses histoires de familles, ses stratégies
contrecarrées et des géants
de lagroalimentaire. Lobjectif
de la lutte : mettre la main sur une cave,
condition sine qua non pour pouvoir faire
du Roquefort.
Tant bien que mal, ces derniers ont dû
sadapter à cette spécificité
sud-aveyronnaise où le producteur
original est directement intéressé
à la transformation de son produit
notamment avec un prix du litre de lait
garanti (7,009 F environ le litre, pour
240 Litres pour une saison). Première
AOC créée dans les années
trente, Roquefort est devenu un modèle
pour la qualité de la bonne bouffe.
Mais le modèle semble rencontrer
aujourdhui ses limites, comme le démontrait
justement un article de lExpansion
du 11 octobre 2001 qui posait de judicieuses
questions :
Peut-on faire de lAOC et jouer la
carte des grandes surfaces et des prix cassés
comme cela se pratique depuis quelques années ? Et agiter lépouvantail américain
des rétorsions douanières
qui ne touchent que 2,5% de la production,
symbole fort appuyé par un José
Bové national, nest-ce pas
être à côté de
la plaque ? Par exemple si lon sait
que léquilibre économique
du fait des surplus de lait de la filière
Roquefort tient à dautres productions
plus méditerranéennes quaveyronnaises
comme la feta (22% de la production laitière)
ou le Pécorino pour les surplus de
lait de brebis, (payé 1,65 F le litre).
Or voilà des années que les
Grecs réclament aussi lusage
exclusif de lappellation Feta. Doù
un débat chaud entre Lactalis, géant
fromager actionnaire de Société,
soucieux de lancer son Salakis, même
sans la mention Feta, et les producteurs
faisant pression pour garder lappellation.
Justement,
quand on parle de Grec, tout cela évoque
un certain Platon et son mythe de la caverne
où des hommes enchaînés
au fond d'une caverne prennent pour réalité
les ombres projetées contre les parois
par ceux qui défilent avec des objets.
Y-a-t-il au fond des fleurines du Combalou
des hommes enchaînés à
des symboles ?
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La
brebis, la famille, le berger et les
clotures.
A voir le prix du litre du lait, un
peu plus de 7 francs, à voir
la production de chaque brebis -près
de 240 litres par an- on se dit que
le Roquefort est une affaire rentable
pour les éleveurs.
Or
pour vivre décemment un couple
avec enfants doit posséder
au moins un troupeau de 250 têtes,
et le plus souvent, la femme doit
y ajouter un complément de
revenu.
Derrière les coefficients multiplicateurs,
il ne faut pas oublier les quotas,
seule une partie du lait est payée
à ce prix, et surtout les investissements
qui pèsent lourds dans les
bergeries avec les engins de traite
et le respect des normes dhygiène.
Sans parler bien sûr de la terre
car il en faut des prairies pour faire
paître ces brebis.
Or le climat sec du sud Aveyron ne
permet pas une densité supérieure
à trois brebis à lhectare.
Et puis, il y a les anciens qu'on
ne veut plus garder chez soi parce
qu'on a une nouvelle maison toute
neuve.
Résultat : les grands espaces
ponctués de troupeaux, risquent
de se faire plus rares. Les bergers
cédant leurs places à
des clôtures. Berger, un métier,
qui si lon y prend garde relèvera
bientôt du musée des
arts et traditions populaires
et non de la réalité
rurale sud-Aveyronnaise.
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DOSSIER
SI
ROQUEFORT M'ÉTAIT CONTÉ

Chaque
dernier week-end de juillet, Rebourguil, qui domine le Rougier
de Camarès, organise une mémorable fête
de la brebis.

Arthur
le berger de Montaigut. Portrait.

Le
tiercé de brebis de Verrières en est à
sa 25ème édition. Histoire d'un tiercé
pas comme les autres.

IBM et les cyber-pirates de Roquefort
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