Le
couteau de Laguiole : histoire et limites d'une renaissance.
Avant
l'arrivée du long et rigoureux hiver, les paysans
de l'Aubrac
empruntaient les chemins de Saint-Jacques
de Compostelle afin d'atteindre l'Espagne et se
"louer" comme scieurs de long .
De retour au Pays, ils ramenèrent la Navaja,
un couteau de poche espagnole pliant à cran d'arrêt.
Or le couteau qu'utilisaient habituellement les paysans,
était une lame fixe, rivée sur un morceau
de hêtre plus ou moins travaillé baptisée
Capuchadou.
C'est
la rencontre de ces deux cultures du couteau qui donna
naissance au premier couteau Laguiole en 1829.
Dès 1840 apparaît le poinçon, bien
utile au berger pour percer la panse de l'herbivore
frappé par la météorisation
. En 1880, apparait le tire-bouchon -indispensable
à tout Français. Entretemps le couteau
Laguiole est devenu un outil obligé des
Aubraciens "montés" à Paris
pour faire bougnats ou limonadiers. Et il est bien
probable, que dans le quartier historique des bougnats
de la Bastille, certains Rouergats l'aient sorti lors
des bagarres homériques qui les opposaient aux
Italiens les soirs de fêtes.
En
1920, l'automatisation de la fabrication des couteaux
sur le site industriel de Thiers, (Puy-de-Dôme)
devenue au fil des ans la capitale de la coutellerie
en France, voit le déclin de la production artisanale
de Laguiole. Quelques artisans locaux tels Calmels ou
Pagès, continuent une fabrication de prestige
et maintiennent un service de réparation sur
le village.
Il faudra attendre 1981 et la création de l'Association
du Couteau de Laguiole par les élus locaux afin
de relancer, promouvoir et dynamiser une économie
coutelière au village.
Si
pendant longtemps, le Laguiole a été un
signe de ralliement presque sectaires réservés
aux Aveyronnais de Paris, il est devenu très
à la mode dans la capitale à la fin des
années 80 dans les milieux in. Son "relookage"
par le designer Starck, suivi par les interventions
de Yann Pennor's, Eric Raffy, Sonia Rykiel n'a pas peu
compter dans cette opération.
Must du must, le couteau de Stark tout en acier a été
choisi avec 9 autres objets design représentatif
de ce siècle et exposé à New York.
Il y a un paradoxe absolu du couteau de Laguiole. Malgré
sa très forte notoriété et sa réussite
économique qui a fait tourner la tête à
la cité éponyme, "Laguiole",
n'est pas une appellation d'origine qui se défend
bien contre les contrefaçons. Les débats
sur l'origine et la propriété du nom ne
sont pas prêts de s'éteindre dans la mesure
où la commune ne dispose pas d'un budget lui
permettant de financer toutes les procédures
en justice qui pourraient s'imposer. Combien de Laguiole
fabriqués
en Asie ou Espagne et offerts en cadeau par les Comités
d'Entreprises ou les chaînes d'accessoires de
bureau. Sur place même , pour ne pas perdre des
marchés, certains sous-traitent à des
pays à faibles coûts de main d'uvre.
Qu'est-ce
qui pousse les touristes à venir à Laguiole
par milliers ?
C'est
la ville de Laguiole, capitale de l'Aubrac, qui a
donné à son nom au célèbre
couteau galbé comme une gitane andalouse.
En soi, la ville n'a rien de très notable sur
un plan architectural ni sur le plan culturel. Il
y a de bien plus jolis sites et villages en Aveyron.
Mais, il y a une chose que les autres n'ont pas.
C'est la Mecque de ce couteau au style unique manche
légèrement recourbé et lame allongée.
On y trouve de nombreux ateliers de coutellerie. Encore
qu'il faille distinguer entre ceux qui fabriquent
et ceux qui assemblent...Et c'est un euphémisme
de dire que les couteliers laguiolais vivent à
couteaux tirés.
En
1985, apparaît le premier atelier de montage
sous l'enseigne « Le couteau de Laguiole »
reconnaissable au taureau sur la lame. En 1987, c'est
au tour de la Forge de Laguiole de s'installer. Depuis,
Laguiole n'a cessé de s'enrichir de nombreux
ateliers de montage
dont certains se visitent toute l'année.
Au
centre du foirail de Laguiole
se dresse le taureau,uvre de bronze du
sculpteur Georges Guyot,
en 1947.