La
défense de lAligot
Laligot marche du feu de dieu, avec
une production en hausse constante. Mais
le succès attire toujours des gens
qui veulent profiter de laubaine à
moindre frais. A Laguiole, on a vu ce phénomène
avec le succès des couteaux dont
beaucoup nont que le nom et qui arrivent
par conteneurs de Shanghai ou Shenzen. Les
Chinois nen sont pas encore à
copier laligot. Il en va autrement
de certains grands groupes, oui.

(Aligot
réalisé avec la tome de Jeune
Montagne)
«Nous
sommes anxieux, nous avons pris des dispositions
pour protéger laligot. Ainsi
nous savons quune filiale belge dun
géant de lagroalimentaire sapprêterait
à en sortir un. Nous pensons que
lon peut revendiquer la protection
dun produit du terroir. » explique
André Valadier.
«Ce que lon craint le plus,
cest la dénaturation du produit.
Comment peut-on appeler aligot des produits
comme on en a récemment vu à
Laguiole avec seulement 13% de tome. Ils
ne font aucun fil. Un vrai aligot, cest
au minimum 25 à 30% de tome. Il y
a des fabricants daligot en Ariège,
cela ne nous gêne pas à partir
du moment où ils recourent à
une tome au lait cru. Cest elle qui
donne les qualités gustatives. Pas
la pasteurisation. »
Le
défi actuel des 35 heures dans lagriculture
Tout comme dans la restauration, les bistrots
et les PME, la mise en place des 35 heures
savère également lourde
de conséquences et deffets
induits dans le monde agricole. Car elle
met le doigt là où ça
fait mal, cest-à-dire dans
la qualité de vie des jeunes agriculteurs
et lincitation à reprendre
lhéritage ancestral.
Pour André Valadier, cest aujourdhui
le principal défi qui conditionne
lavenir des produits du terroir :
«A la coopérative Jeune Montagne,
nous avons environ 40 employés et
80 éleveurs, je dois reconnaître
que lambiance a été
flottante avec ladoption des 35 heures.
Car les producteurs demeurent toujours face
à une contrainte des 365 jours de
traites sans samedi, dimanche, jour fériés.
Nous commençons à mettre en
place des solutions de remplacements. Si
nous nen trouvons pas, nous aurons
du mal à inciter des jeunes éleveurs
à sinstaller. Protéger
lavenir de Jeune Montagne, cest
faire tomber la contrainte des 365 jours,
sinon les jeunes quitteront la coopérative
et feront de la vache allaitante avec des
vaches Aubrac avec des veaux. »
Pour une agriculture sans primes !
André Valadier ne craint pas daborder
des questions sensibles qui heurtent de
plein fouet quelques récentes habitudes
paysannes héritées de la PAC
(Politique agricole commune) et très
présentes en Aveyron, pays de montagnes
et donc de primes. Que ce soit dans le sud
avec la brebis ou dans le nord avec les
vaches. «Quel avenir peut avoir un
territoire qui sen remettrait uniquement
à la compensation des handicaps.
Une région de montagne défavorisée
peut être un socle de ressource, or
nos éleveurs ont pris des habitudes.
Ces subventions affaiblissent notre capacité
à nous remettre en cause, à
être créatifs et porteurs de
projet. »
Dossier réalisé
en février 2002