Salon de l'agriculture 2006

-Le dossier

-
Le regard d'un nouvel agriculteur en Aveyron

-Le H5N1 et la volaille aveyronnaise

-Et les rivières

REPORTAGES
- Si Roquefort m'était conté
- Le bio
- Jeune Montagne
- Cantal de Thérondels
- L'ensilage

 

SOMMAIRE
ECONOMIE

1. Artisanat
et traditions

2. Industrie
et services

3. Agriculture,
agroalimentaire

4. Formation
et emploi

Dossier Salon de l'agiculture:

2006 : Année Charnière

Alors que plane la menace du H5N1, 2006 devrait faire figure d'année charnière pour l’agriculture française. De profonds changements sont à l’œuvre notamment sur le plan des nouvelles façons de produire, avec la mise en place des Droits à Paiements Uniques (DPU). Pourtant réclamée de tous côtés, la Révolution Culturelle reste à faire. Car le système agricole continue de marcher sur la tête.

(Fev 06)

Au Salon de l’Agriculture, l’Aveyron n’est pas le dernier département à faire parler de lui. C’est une belle fenêtre pour les politiques et les institutionnels qui n’hésitent pas à casser notre tirelire –on parle de 250 000€- pour s’offrir un beau stand animé. Ils jouent sur l’image d’une agriculture rassurante avec des produits authentiques, des fromages AOC, des charcuteries artisanales et des  viandes labellisées.

Rassurante ? L’agriculture aveyronnaise est d’abord un concentré de paradoxes. On y trouve tout et son contraire. De prospères éleveurs de bovins viande et de petits éleveurs de brebis laitière, et l’inverse. De beaux symboles du système agroalimentaire français, tels que le semencier RAGT en pointe sur les OGM, des groupes laitiers géants, comme Lactalis maison-mère de Roquefort, des coopératives qui distribuent des engrais comme Unicor. On trouve aussi le berceau d’une Confédération Paysanne, alternative à la FNSEA, qui défend une agriculture, parfois utopiste, mais moins productiviste que celle qui a symbolisé la France des Trente Glorieuses.

Malgré les débats récurrents entre “Conf“ et FNSEA, tout ce monde, vivait vaille que vaille dans un système bien encadré de subventions, de primes de montagnes et de prix garantis. Cette année, ça risque de changer. Désormais, les primes (elles représentent 50 milliards d’€ et la moitié du budget européen dont la France est le grand bénéficiaire avec 9 milliards) seront versées sur une base de droits historiques perçus en 2002. Cette prime unique sera conditionnée à des pratiques plus respectueuses de l’environnement. Terminé l’épandage des engrais ou les tas de fumiers posés en pleine nature. Exit les eaux de rinçage des machines à traire s’écoulant dans les rivières : dans un délai de trois ans, les agriculteurs devront procéder à de sacrés investissements s’ils veulent continuer à percevoir leurs primes.

Beaucoup vont devoir s’adapter, investir, se remettre en question. Cette remise en cause touchera également les groupes et coopératives aveyronnaises qui ont bâti leur prospérité sur un système où le maître mot était produire plus. On rappellera à ce sujet que la France est, en tonnage, le troisième consommateur mondial de pesticides.

Suite du dossier

 

 

 

 

 


Jean Laurens, président de la Chambre d’Agriculture d’Aveyron
( Entretien donné, le 21 février 2006)

 Pour 2005, sur le plan des revenus, l’agriculteur aveyronnais semble mieux loti que ses homologues français qui ont connu une chute moyenne de 10% de leurs revenus ?
C’est vrai pour le bovin viande qui représente 40% du CA de l’agriculture aveyronnaise, pour la brebis, c’est correct, pour le porcin qui représente 10% du CA, on va vers un léger mieux. La situation est préoccupante pour le bovin lait, 18% du chiffre d’affaires.

Justement, pour vous qui soutenez les signes de qualité comme vecteur de développement, n’est-ce pas triste que l’AOC Bleu des Causses souffre d’un tel manque de notoriété et de promotion?
C’est vrai qu’il y a là un potentiel de savoir-faire et que nous sommes déçus mais c’est Lactalis qui a le pouvoir. En tout cas, c’est bien dommage.

L’agriculture pour de plus en plus de citoyens, y compris des patrons de bistrots , apparaît comme un système opaque, verrouillé. Beaucoup ont l’impression que les subventions financées par leurs impôts, sert un productivisme qui nuit à l’environnement. Un système qui marche sur la tête en quelque sorte ?
On peut le voir comme ça. Mais encore faudrait-il voir ce qu’on demande comme paperasse aux agriculteurs qui sont soumis à des contrôles de plus en plus fréquents. Mais il ne faut pas désespérer, il faut garder confiance en l’avenir.

Pourtant malgré les attentes sur le bio, ou la nécessité de remettre en cause un modèle orienté vers le  productivisme on a aussi l’impression que l’agriculture aveyronnaise demeure un système bloqué ?
Je peux vous le dire, moi qui ait milité longtemps en faveur du bio, de l’agrotourisme et des produits fermiers, j’ai longtemps prêché dans le désert. Aujourd’hui, je sens des signes qui vont dans le bon sens mais ça prendra du temps. Même en Aveyron, le milieu agricole commence à s’ouvrir. Quant à la pollution, évidemment il y a beaucoup à faire, surtout dans le grand Ségala. Mais les choses changeront ne serait-ce que parce que l’agriculteur qui voudra percevoir ses subventions devra être “clean“ sur le plan environnemental.

Ne craignez-vous pas une crise des vocations car beaucoup d’exploitations ne trouvent pas de repreneurs ou d’associés  ?
160 jeunes s’installent chaque année par des dispositifs aidés, pour 300 départs en retraites. Et quand j’entends les élèves des lycées agricoles, je suis plutôt optimiste. Ce sont eux qui sont ouverts et qui auront d’autres façons de faire.

Comment préparer l’après-2013 et la fin des subventions qui risque de toucher l’Aveyron plus que d’autres puisque la viande ou le lait sont encore des productions protégées ?
Demain les agriculteurs seront livrés à eux-mêmes. Il faut leur faire prendre conscience que les choses ne seront plus comme avant et qu’ils sont sur un marché mondial et compétitif. Si on se met à produire en Aveyron de la même façon qu’au Danemark, on est foutu et il restera 3000 agriculteurs contre 9000 aujourd’hui. L’Aveyron ne peut s’en sortir que par une stratégie de différenciation, basée par exemple sur les signes de qualité. D’ores et déjà un agriculteur au Pays sur deux dépend d’un signe de qualité.

 

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