COMMUNAUTÉ

Soulages Moine soldat de l'art abstrait

Interview de Pierre Encrevé, l'influence de l'Aveyron sur l'œuvre de Soulages

Le projet de Musée Soulages à Rodez

Que pensent quelques peintres Aveyronais de Soulages ?

 

 
COMMUNAUTE
 
 

 

Interview de Pierre Encrevé, Commissaire de l'Exposition Soulages du Centre Pompidou
(octobre 2009)

 

Ami et grand spécialiste de Soulages auquel il a consacré de nombreux livres, Pierre Encrevé, ci-dessous à gauche de Pierre Soulages, est l'un des deux commissaires de l'exposition avec Alfred Pacquement, directeur du musée du Centre Pompidou qui avait déjà été le commissaire de la première exposition Soulages à Beaubourg en 1979.

A votre avis, quelle est l’influence de l’Aveyron sur l’œuvre de Soulages ?

On ne peut pas faire de lien direct. Ce qui est clair, c’est qu’il a été formé à un certain type d’esthétique par quelques éléments qu’il a “sélectionnés” quand il était enfant.
Il a été sensible par exemple à la cathédrale de Rodez et notamment à ce grand mur nord, sans ouverture, ni ornementation, sans le moindre élément de distraction.



Très tôt, il a été marqué plus encore par l’architecture de Conques et l’art roman. Il a également apprécié les paysages désertiques et dénudés de l’Aubrac. Il était aussi très sensible aux statues-menhir du musée Fenaille de Rodez. S’il a retenu ces éléments c’est qu’ils correspondent à son esthétique et à l’éthique qui y correspond.
Il est né en 1919 dans une autre France que celle d’aujourd’hui. C’était un enfant solitaire qui a passé beaucoup de temps dans les boutiques des artisans du cuir, du fer et du bois de la rue Combarel à Rodez. Cela lui a donné le goût des outils, ce qui a contribué à faire de lui un peintre original. Car il travaille avec des pinceaux de peintres en bâtiments, il fait ses racles avec ce qui lui tombe sous la main. Et il va chercher du brou de noix comme les menuisiers qu’il voyait, enfant, utiliser pour peindre leurs meubles ou le goudron utilisé par les cantonniers.
Il est à la fois l'héritier d’une tradition de la campagne austère, sans luxe, ni confort et de l’autre de cette tradition urbaine liée à l’artisanat.

Pierre Soulages apparaît comme un homme debout,
un homme qui a résisté ?


Là aussi ce n’est pas forcément lié à l’Aveyron où comme partout, il n’y eut pas que des résistants... Mais il y a chez lui quelque chose de très fort lié à l'éducation qui vient de sa mère, paysanne aveyronnaise originaire de Comps-la-grand-Ville. Proche de l’abbaye de Bonnecombe (ci-dessus), c’était un milieu dominé par une paysannerie plus sensible au clergé régulier qu’au clergé séculier. D’où une éthique de l’austérité, très loin du divertissement. Il y a chez lui une aptitude à la solitude, une fermeté, un côté debout, droit. Sa peinture obéit à un impératif intérieur esthétique lié à un impératif éthique, qu’il a acquis dès son enfance.

 

Suite de l'interview

©aveyron.com 2001- 2009 Reproduction interdite - Tous droits réservés. NOUS ECRIRE.