Les
Bistrots paternels, lieux de toutes les inspirations...
Son père, un péquenotdes
environs de Villefranche, comme il le souligne lui-même,
avait eu le talent de séduire une jeune fille
de la petite bourgeoisie de la bastide. La belle-famille
ne digéra pas cette mésalliance et décréta
le bannissement des tourtereaux. Doù
la montée à la capitale comme des milliers
dautres Rouergats pour faire bistrot. Savignac
père jeta son dévolu sur un petit bistrot
ouvrier de la rue Glacière. Et Madame mis au
monde en 1907, un petit Raymond.
Lenfant grandit sur le pavé de Paris.
«A lépoque, les marchands de bière
faisaient leurs publicités en affichant leurs
noms sur des percherons formidables qui sillonnaient
les rues. » Il y avait aussi lambiance
de lendroit où sa mère mitonnait
des plats du pays, tandis que son père servait
en salle aidé d'un garçon. «On
y mangeait pour dix-neuf sous le midi, on servait
même des demi-portions. Pour le petit garçon
que jétais, le bistrot était un
excellent lieu dobservation.» Raymond
va emmagasiner des visuels quil utilisera plus
tard pour réaliser ses merveilleuses affiches.
«A chaque fois que le bec de canne (la poignée)
sabaissait on se demandait qui allait bien pouvoir
rentrer... »
Et quel défilé de trombines ! «
Jen ai vu des pochetrons marqués par
la verte, labsinthe. Dautres
qui chassaient la gueule de bois du matin au blanc
gommé (blanc avec du citron). Tout cela
était très bruandesque (néologisme
tiré d'Aristide Bruand, NDLR). Certains habitués
ne cessaient de me fasciner comme ce coureur cycliste,
il avait une façon superbe de descendre de
son vélo, lélégance même.
»
La
découverte de la vie de province à Villefranche-de-Rouergue
«Dans les derniers mois de la guerre de 14-18, ma
mère nen pouvait plus des alertes, elle est
retournée à Villefranche-de-Rouergue travailler
dans la confection. Cest là que jai découvert
le charme de la vie de Province où le temps sécoule
tranquillement avec ses rites. Cest ce que jai
recherché bien plus tard en minstallant à
Trouville-sur-Mer. Mais je ne lai plus retrouvé
car les provinciaux étaient également devenus
aussi frénétiques que les Parisiens»
En revanche c'est peut-être à Villefranche
que Raymond trouvera la silhouette de sa jolie vache Monsavon.
Paris,
la source de ses frivolités...
«Mes vraies années de bonheur, celles de mon
adolescence où je me suis vraiment épanoui,
je les ai vécues rue des Petits Carreaux (métro
Bourse) en plein Sentier où mes parents avaient repris
une affaire. Cétait un quartier terriblement
vivant plein de chapeliers, il y avait aussi toutes les
imprimeries des grands journaux. Jai appris à
fumer, à jouer au billard dans le tabac familial
et plein dautres choses qui ne servaient à
rien mais qui mont donné goût à
la frivolité. Et ça mallait très
bien »
Raymond ne se battait pas pour aider ses parents dans le
bistrot. «De temps à autre, mon père
arrivait à me faire laver les verres. » Dailleurs
tenir un bistrot na jamais été sa vocation
: «Les bistrots sont formidables lorsque cest
Audiard qui les fait parler, mais dans la vie courante,
les habitués sont plutôt des gros balourds
qui répètent inlassablement les mêmes
choses et quil faut se farcir. » Raymond
a toujours préféré être du côté
des consommateurs. «Moi
jai été très Saint-Germain des
Près, Deux-Magots, Lipp, avec Marcellin Cazes qui
était un type extraordinaire. Il navait pas
un tiroir-caisse à la place du cur. »