> Jean-Pierre Olié, le psychiatre Saint-Cômois- interview.
(avril 2005)
Entretien
donné à l'hôpital Sainte-Anne,
le 1er avril 2005.
Pourquoi
s'être tourné vers la psychiatrie
?
C’était la discipline la plus
proche de la médecine générale,
celle qui permet le plus de contact humain
et d'être le plus proche de la personne.
J'irais même jusqu'à dire que
la médecine générale
est une branche de la psychiatrie. Car que
que fait-on d’autre dans la médecine
générale que d’écouter
les patients.
Comment
expliquez-vous la méconnaissance
de la psychiatrie dans l'opinion publique?
Il est plus facile de comprendre une discipline
qui soigne un organe, tel que le foie ou
le cœur, qu’une discipline qui
étudie les comportements et leurs
multiples causes. Le champ de la psychiatrie
est souvent méconnu par les médecins
eux-mêmes qui font la confusion entre
psychologie et psychanalyse. Ce n’est
pas surprenant puisque les psychiatres eux
aussi ont eu tendance à considérer
cette dernière non comme une théorie
mais comme une vérité.
Dans une société stressante
qui perd ses repères et met les individus
sous pression, il doit y avoir de plus en
plus de dépressions ?
Cette affirmation reste à prouver.
Le lien entre le développement des
dépressions et les facteurs sociaux
n’est pas aussi clair. D'ailleurs,
les maladies mentales ne sont pas des maladies
de pays riches. Elles frappent tous les
êtres humains sans distinction de
classes ou de situations sociales.
Et
l’Aveyronnais, avec son bon sens,
est-il plus épargné par les
maux psychiques ? Evidemment, non ! Mais, il les
gère différemment. Il est
plus facile à soigner parce que plus
volontaire et surtout il n'attend pas tout
du thérapeute. En ville, les patients
qui souffrent de dépressions décrivent
tout de suite la cause « c’est
parce que…,» or c'est une illusion.
En Aveyron, les gens sont plus économes
de mots, ils expriment moins leurs émotions.
Il m’est arrivé de tomber sur
une patiente, qui me disait simplement :
"Je suis très fatiguée».
Quant à son mari il me disait simplement
:«elle n’ouvre plus les
volets».
En France dans la plupart des cas, un malade
déprimé va tout attendre du
thérapeute, presque jusqu’à
un état de bien-être social.
L ’Aveyronnais, lui, va demander une
aide pour le soulager, mais il ne va pas
tout en attendre. Il ne va pas attribuer
à la maladie tous les petits tracas
qui vont suivre, insomnies etc…Quand
il sera guéri, il va se dire : "ok
je ne dors pas bien, même si je ne
suis plus déprimé.“
A
vos yeux quel est le trait le plus attachant
du caractère aveyronnais ?
Ce que j’aime c’est l’honnêteté
et le respect de la parole donnée.
Cette idée que la vertu est toujours
récompensée. Et ça,
on le constate plus qu’ailleurs et
même avec les jeunes générations.
Cela crée presque une sorte de fraternité
identifiée et vivante.