COMMUNAUTE
 
> En route vers un Laguiole AOC...(4)
(juillet 2005)



«L’identification de l’ennemi principal par l’ensemble de la filière demeure le vrai défi. Il s’agit de faire la part des choses entre la concurrence de proximité et la concurrence réelle d’origine asiatique. » explique pour sa part Hubert Calmettes, directeur d’Aveyron Expansion. Il faut aussi à savoir que certains Laguiole produits à Thiers (très touché par la concurrence asiatique) ont vu leur production délocalisée dans l’ex-Empire du Milieu et se retrouvent vendus sur le Foirail, de quoi faire perdre son latin à n’importe quel amateur de couteau.


En cet été 2005, on reste encore dans un brouillard à couper au … avec d’un côté La Forge, sa stratégie plutôt autonome orientée vers le très haut de gamme, et des laguiole forgés et assemblés à Laguiole avec des modèles conçus par les designers et de l’autre une stratégie plus collective moins élitiste visant à défendre le laguiole traditionnel fabriqué en Aveyron par les couteliers qui participent à la Forge de Montézic*. Les deux visions ne sont peut-être pas si contradictoires que cela, si l’on veut bien considérer que la véritable authenticité avec une origine contrôlée est aujourd’hui devenue un luxe…

 


Laguiole, un village , un fromage AOC , un couteau, et aussi une marque très rentable...
Une marque déposée par un homme d’affaires français qui ne s’est pas privé de décliner le nom Laguiole sur une pléthore d’objets, des lunettes au réveil, en passant par les 4X4 encaissant à chaque fois de juteuses royalties . «Plus on mettra le nom laguiole sur n’importe quoi, plus on tuera le nom Laguiole, c’est d’abord contre cela qu’il faut lutter. C’est jouable sur le plan juridique.» explique Bernard Divisia qui a mis des avocats sur le coup.

 

 

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Trois questions à André Valadier,
Le fondateur de la Coopérative Jeune Montagne, à l’origine de l’AOC du fromage de Laguiole, a été sollicité pour apporter son expérience à la démarche interprofessionnelle.


Quelles sont les conditions de la réussite d’une démarche interprofessionnelle du couteau de Laguiole ?
«Une interprofession ne peut aboutir que si on a une véritable volonté de partenariat et si l’on considère que le territoire a autant d’importance que l’entreprise. Car la démarche entraîne des perspectives allant au-delà du bilan ou du seul compte d’exploitation de l’entreprise. Tout d’un coup, un objet s’ancre dans un territoire et prend un caractère patrimonial. »



Avec quelles conséquences concrètes ?
«Le dispositif implique des devoirs par rapport à la qualité, par rapport à la définition du produit et à ses spécificités. Dès l’instant où les opérateurs auront défini le produit, il faudra qu’ils s’entendent là-dessus sur un signe spécifique, un logo qui définira une identité collective.»

Quid du nom Laguiole déposé par un homme d’affaires ?
«C’est une usurpation et un pillage. Le catalogue des marques déposées utilisant Laguiole est impressionnant. Etre dans un circuit institutionnel comme celui de l’INAO (Institut National des Appellations d’Origine) est un avantage de taille pour intervenir dans les pays qui admettent les protections. Sur constat fait à notre demande d’utilisation du mot Laguiole accolé à Bistro ou à Brasserie, et sur mise en demeure du service juridique de l’INAO, l’intéressé a retiré les produits laitiers de ce cadre. Notre AOC laguiole ne vaut que pour les produits laitiers. Pour le reste, on est évidemment concerné par ce pillage. Quand je vois cette foule d’objets qui ramènent le Laguiole au générique, on ne peut pas ne pas être interpellé.
Pour qu’une action visant à défendre la mot Laguiole qui est le nom d’un village, ait plus du poids, il faut qu’il y ait un collectif d’appui. Il devra avoir défini ses produits. C’est presque une condition préalable. Mais l’expérience montre qu’on a une efficacité certaine de protection lorsqu’on a une interprofession réussie. »

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