>Interview de Claude Imbert, directeur et fondateur du Point (suite)
Vous rendez-vous souvent au Pays ?
«Je ny vais pas beaucoup, car jai
une épouse suisse et nous nous rendons
dans notre chalet. Ma femme prétend que
les Suisses sont les Aveyronnais de lEurope.
Et je crois en effet que ces deux peuples ont
en commun un certain nombre de qualités
: une volonté de sortir de leurs conditions
de montagnards par un acharnement au travail,
un sens de léconomie et des qualités
de bons commerçants.
Et pourtant vous êtes fier de ces
racines ?
Jai fait un film pour FR3 voilà
un bout de temps.
On lavait appelé « Côté
Ouest ». Cétait un documentaire
sur une famille dAveyronnais dorigine
ruthénoise, dont les aïeux étaient
partis sinstaller sur la côte ouest
des USA. Tout comme des Chinois ils se sont
mis à travailler avec acharnement au
nettoyage. Aujourdhui, leurs descendants
dirigent lune des plus grandes chaînes
de laveries automatiques de Californie.
Et les bistrots ?
Celui que je préfère, cest
mon petit Pmu-tabac de la rue de Sèvres.
Dans le débat actuel sur le régionalisme
et la décentralisation, la structure
départementale vous paraît-elle
encore pertinente ?
Le site national est brouillé, les citoyens
nont plus la relation patriotique, il
est bien évident que si lon veut
retrouver la participation démocratique,
il faut repartir de la base.
Mais il est vrai également quen
France, on a une fâcheuse tendance à
accumuler des structures à double emploi.
Ainsi, si la commune et la région sont
des échelons indispensables, lexistence
du département ne va pas plus du tout
de soi. On peut sinterroger sur sa véritable
utilité.
Lamicalisme à la mode dImbert
«Mes parents ne fréquentaient
pas les amicales. Ils étaient plutôt réservés,
ne sortaient pas beaucoup.
Du coup, jeune, je nai jamais pratiqué
lamicalisme même si jen aime lesprit.
»
Aujourdhui, il ne fréquente toujours pas
les banquets, même sil aime cette tradition
au point dorganiser chez lui une fois par an un
déjeuner où il reçoit dillustres
Aveyronnais. On y croise les Tafanel ou les Richard
« Ducs et Pairs de la limonade parisienne
» comme il les qualifie avec une bienveillance
malicieuse - le juge Bruguière ou le professeur
Ollier pour la médecine. «Il y avait aussi
cette merveilleuse Annick Goutal récemment décédée
dun cancer.»
Ses déjeuners, cest sa façon à
lui de communier en groupe avec le Pays. Un goût
tenace pour la tradition et non pour le folklore
Claude Imbert a le gôut des racines. Il sait parfaitement
de quoi il parle quand il fait vibrer cette corde plus
sensible que dautres pour les Aveyronnais.
Dès 1983, il stigmatisait la crise de la tradition.
«Quand je parle de crise de la tradition, je pense
à une défaillance exceptionnelle dans
la transmission des acquis culturels d'une génération
à l'autre, défaillance qui s'observe,
aux premières loges, dans les principaux centres
transmetteurs que sont la famille, l'Église et
l'enseignement ».
Evidemment, cet homme de racines ne fait pas référence
aux bourrées et autres folklores mais plus à
cet humanisme chrétien, si fortement enraciné
en Aveyron, qui disparaît sous les coups de boutoirs
de la technologie et du nivellement des esprits par
le bas auquel la télévision nest
pas étrangère.