Chaque
semaine, depuis trente ans, Claude Imbert fait
le point avec ses éditos du Point. En bon
Aveyronnais acharné au travail, il nhésite
pas à remettre louvrage sur la table,
à pester contre un Etat dominé par
une élite craignant plus que tout les corporatismes,
et à défendre un humanisme. Imbert
est pourtant un homme de rupture. A 42 ans, en
1972, il créée avec un groupe de
transfuges de lExpress le Point. Le magazine
vient de fêter ses trente ans.
PORTRAIT
Une enfance aveyronnaise modeste.
Claude Imbert est de Quins, hameau proche de Naucelle.
Comme beaucoup denfants aveyronnais de sa
génération, il est resté
au pays pendant que ses parents faisaient carrière
sous des cieux septentrionaux. A force de concours
internes, son père a terminé n°2
au « Service des Alcools » dans ladministration
des Finances, et sa mère dans un poste
à responsabilité à la Banque
de France.
Le petit Imbert, a découvert le monde dans
la ferme du grand-père paternel. Il a gardé
les vaches et couru après les cochons.
Il est allé chercher ses canards qui gambadaient
dans la ferme mitoyenne, celle de Jean Briane
qui deviendra député du Ruthénois.
Son siège est aujourdhui occupé
par Yves Censi.
Drôle de coïncidence, tout comme Raynal,
autre témoin de son siècle, Imbert
enfant, est aussi passé par Sévérac-le-Château.
Il y a vécu, dans le deux-pièces
dune maison médiévale du bourg,
gardé par son grand-oncle. «Cétait
un cheminot retraité (Sévérac
était une cité cheminote importante
sur la ligne des Causses-NDLR), il était
presque aveugle. A lâge de sept ans,
je lui lisais les grands auteurs français.
Anatole France, surtout, quil admirait,
mais aussi Hugo et Dumas.
Javais toujours le dictionnaire à
portée de main pour savoir ce que signifiait
tel ou tel mot. Je nai pas cessé
de lire depuis. Au collège à Castres
où jétais pendant la guerre,
chez une grande-tante qui tenait un bistrot, jétais
« collé » chaque week-end.
Jen ai profité pour continuer mes
lectures.»
Le savoir libérateur
Remonté à Paris, Claude Imbert intègre
le lycée Carnot. De ces années denseignement
secondaire, il dira souvent son infinie gratitude
pour les enseignants qui lui ont appris les choses
de la vie et ouvert les yeux sur dautres
choses que les simples choses matérielles.
A propos de ces années, il écrira
dans son recueil de réflexions baptisé
"Ce que je crois" (Grasset-1984) : «
Je m'émerveille encore de ce qu'ont apporté
l'éducation et l'instruction au petit bourgeois
mal dégrossi, de sève paysanne,
que j'étais. D'abord, elles m'ont délivré,
dès mon jeune âge, de cette gêne
qui collait si souvent à ceux de ma naissance
: gêne de la province, de la condition sociale,
de notre "infériorité"
dans le parler, le maintien, le vêtement.
Gêne que j'ai souvent vue chez les miens
et qui les maintenait gauches devant les importants,
devant ceux qu'on appelait, dans mon enfance,
les "messieurs". Et qui toute leur vie
les paralysa devant le qu'en-dira-t-on universel.
Cette délivrance, pour ceux qui l'ont connue,
rend à jamais respectueux de ce que fut
cet enseignement et de ce qu'il apportait à
l'égalité des chances. »
Ensuite, le parcours dexcellence de lenfant
républicain, Normale Sup précédée
comme il se doit de khâgne et dhypokhâgne
avant dintégrer lAFP à
20 ans, puis lExpress, fondé par
Jean-Jacques Servan-Schreiber, dont il devient
rédacteur en chef. Il le quittera pour
fonder le Point à lâge de 42
ans avec le soutien de Pierre Lazaref, fondateur
de France-Soir. . «Il mapparaissait
impossible de faire un magazine pour servir la
carrière politique de qui que ce soit.
Et cela ne pouvait manquer darriver à
partir du moment où Jean-Jacques Servan-Schreiber
se lançait dans la politique » explique
Claude Imbert.