Chaque
soir, après avoir quitté son bureau
municipal, il retrouve sa belle.
Dans les deux pièces de son modeste appartement
de Millau, il a entassé pieusement toutes
les reliques qui restent dEmma.
Morte oubliée et ruinée, les derniers
objets personnels de la cantatrice avaient été
rachetés par Mme Hurbin, châtelaine
de Creissels qui, connaissant la passion de
Georges Girard, les lui avait confiés.
Les lourds et chamarrés costumes de scènes
de Carmen ou de Chérubin ou encore le
tapis du Boudha du Swanni, ce mage hindou dont
sétait entichée Emma sont
aujourdhui sous la garde de Georges. Il
ouvre les malles fait respirer les étoffes
et il époussette les bijoux les peignes
et les poupées mexicaines.
Et puis il relit toute cette correspondance,
ces lettres tendres et amoureuses et musicales
que le compositeur Jules Massenet adressait à sa belle, ou les mots amicaux de Colette.
Un
Musée pour sa muse ?
«Je suis un homme blasé et lassé»
confesse Georges Girard. Il sest battu
durant des années pour donner aux objets
dEmma un espace dexposition plus
adapté que son deux pièces. Il
a entendu les promesses.
Il y a plus de dix ans , il avait caressé
lespoir de pouvoir faire racheter lillustre
château de Cabrières et vouer ce
magnifique castel à la mémoire
son ancienne propriétaire. Planté
sur les hauteurs des causses entre Séverac
et Millau,
la cantatrice l'avait acquis au firmament de
sa gloire. Elle y hébergeait des enfants
pauvres de Millau.
Le Castel était ensuite devenu la propriété
des Guibert, les célèbres
gantiers de Millau. Ceux-ci lont vendu
mais pas à lassociation des Amis
d'Emma Calvé.... Alors Georges sest
mis en quête dun autre endroit.
Les édiles de Millau successifs lui ont
fait des vaines promesses durant des années .
Aujourdhui, une lueur despoir est
venue du maire de Montpellier. Georges Frêche
a en effet baptisé du nom dEmma
Calvé lune des maisons de quartiers
de sa ville, Georges Girard a été
invité et a pu préparer une petite
exposition. Depuis cette inauguration est-ce
un hasard ? , - des projets se font à
nouveau jour. Ainsi le maire de Millau lui a
promis un espace tandis que la municipalité
de Tournemire
la également approché. Comme
le confirme madame le maire Monique Barbaro.
Celle-ci souhaiterait faire acquérir
par la commune le couvent dans lequel Emma fit
sa communion solennelle pour en faire un centre
culturel avec par exemple un espace dédié
aux stagiaires de labbaye de Sylvanès
mais également un espace consacré
à Emma. Mais le projet n'en n'est qu'à
ses prémices...
Un
an après la parution de cet article, la musée
de Millau a annoncé qu'il mettrait à disposition
un espace pour l'exposition des reliques de la cantatrice
millavoise.