Entretien
avec Christophe Boubal, petit-fils de Paul,
et auteur de Café de Flore, l’esprit
d’un siècle. (suite)
(planches tirées
de l'Album La Nuit de Saint-Germain-des-Prés,
Léo Malet, Moynot)
Comment le petit fils du bougnat Boubal est-il
devenu écrivain ?
Comme ma mère, je suis allergique au
commerce. Cela a fait le désespoir de
mon grand-père (ci-contre en train d'observer
son café à la jumelle de chez
lui). Car écrivain, je suis “passé
à l’ennemi“, j’ai quitté
la filière commerce pour devenir un client.
Mais si je suis écrivain, c’est
peut-être aussi à cause du Flore.
Un jour mon père, qui avant d’être
directeur du Flore, était instituteur
d’origine Lozérienne, a présenté
un de mes manuscrits à Roland Barthes.
Ce dernier m’a encouragé à
poursuivre dans cette voie.
Que
reste-t-il des cafés aujourd’hui
?
J’ai beau être amoureux des cafés,
il faut reconnaître que c’est un
monde en décadence. Bistros et cafés
se sont dépoétisés, d’abord
il y a ce fond musical omniprésent. Les
cafés sont les miroirs de la démocratie,
quand elle est malade les cafés déclinent.
Ce n’est sans doute pas un hasard si les
cafés sont remplacés par des succursales
bancaires ou des marchands de fripes. Les cafés
disparaissent parce que les relations sociales
s’étiolent.
Et qu’en est-il du Flore
?
Il règne encore une poésie réelle
au Flore à cause de la fidélité
de sa clientèle. J’y retourne une
fois tous les deux mois. Il continue d’attirer
une élite. C’est vrai que c’est
cher, mais il a une griffe et un historique,
une qualité de produit et de service
unique.
Christophe
Boubal Café de Flore, l’Esprit d’un
siècle
Lanore Litterature
Qu’est
le Flore devenu ?
A écouter ceux qui y travaillent, malgré
le départ de Paul Boubal en 1983 , le Flore
a gardé son âme. Contrairement à
la plupart des grandes affaires de Paris tombées
dans l’escarcelle des grandes chaînes,
il continue d’être ce bouillonnement
continuel, avec ses temps forts. Colette et Miroslav
Siljegovic, les patrons qui ont repris l’affaire
en 1984 savent entretenir des relations privilégiées
avec leurs clients célèbres.
Ils ont créé
en 1994, le Prix du Flore, ce que Boubal de son
vivant n’avait jamais voulu. Lipp –groupe
Bertrand- continue d’attirer le monde politique
et une clientèle plus âgée
qu'au Flore. A côté d’une clientèle
très Rive Gauche classique, Saint-Laurent,
Lagarfeld, BHL, l’équipe du Flore
a su attirer des jeunes gens brillants du Paris
des Médias en phase avec l’époque
tels que Beigbeder ou Edouard Baer.