Entretien
avec Chantal Jourdan, préfet de
l’Aveyron,
(entretien réalisé le 16
novembre 2004)
Le nombre de projets de «
fermes éoliennes » recensées
en Aveyron a tendance à se multiplier
? Où en est-on en novembre 2004
?
Je vois une trentaine de projets recensés.
Six permis ont été refusés,
cinq accordés, une dizaine sont
en cours d’instruction dont quatre
en instance d’enquête publique
(Lavernhe-Séverac, Salles-Curan,
Ayssennes-Le Truel, Canet de Salars) deux
dossiers vont faire l’objet d’une
demande de permis de construire, quatre
projets sont en cours de préparation
de décision (St Jean-Delnous, Ségur,
Lapanouse de Cernon, Montrozier-Bozouls).
Par ailleurs, une dizaine de projets sont
à l’étude par la mission
Interservice Architecture et Patrimoine.
Compte tenu de la nouveauté du
sujet, est-ce que l’on ne manque
pas encore de pratiques en France pour
conduire les procédures d’implantation
d’éoliennes ?
Même si l’éolien implique
de pratiques nouvelles, il faut signaler
que depuis vingt ans, les services de
l’Etat se sont spécialisés
à tout ce qui touche à l’environnement.
La France s’est engagée sur
la voie des énergies renouvelables
en ratifiant le protocole de Kyoto. Avec
la directive européenne de 2001,
l’engagement a été
pris de faire passer la part des énergies
renouvelables de 15 à 21% (hydroélectricité,
solaire, éolien, biomasse). La
France a le deuxième gisement éolien
d’Europe derrière l’Ecosse.
Ce développement de l’éolien
s’appuie sur un tarif de rachat
de l’électricité très
attractif.
En Aveyron, mon prédécesseur
avait anticipé une réflexion
sur le développement de l’énergie
éolienne. Cela a débouché
sur un document qui n’est pas normatif
mais qui doit servir d’outil d’aide
à la décision. Il est en
cours d’achèvement. Il détermine
les secteurs favorables du département
à l’énergie éolienne.
Il recense également toutes les
zones de contraintes qu’elles soient
paysagères, environnementales,
urbanistiques. Ce document devrait être
rendu public dans le courant du 1er trimestre
2005.
Justement, un paysage exceptionnel
peut-il être un obstacle ?
Un paysage, fut-il magnifique, ne suffit
pas en lui-même à interdire
l’implantation d’éolienne.
En revanche, il peut y avoir des paysages
exceptionnels dans des sites classés
ou des éléments de patrimoine
historique, comme par exemple le Larzac
avec les Cités Templières
et Hospitalières qui sont des secteurs
à protéger justifiant le
refus d’un projet mais cela n’est
pas propre aux éoliennes.
Quels sont les critères
d’appréciation ?
Il y a la distance minimale de 500 m vis-à-vis
des habitations. La fréquentation
du site par certaines faunes, la vulnérabilité
de certaines espèces. Il y a aussi
le nombre d’éoliennes projetées,
leurs emplacements, leur taille ou leur
insertion dans le paysage.
Ne craignez-vous pas que le développement
de l’énergie éolienne
ne déclenche, ici et là,
des oppositions mal contrôlées
et que cela ne débouche en fin
de compte, sur un climat marqué
par la défiance et la jalousie
entre les citoyens, préjudiciable
à la paix publique ?
Evidemment, je souhaite que la paix publique
ne soit pas à ce point perturbée.
Toute la place est au dialogue et il appartient
aux élus et porteurs de projets
d'informer pleinement les populations
pour une étude sereine des projets.
Certains élus estiment
que l’apport de l’éolien
en termes de ressources communales permettra
de compenser le désengagement de
l’Etat et des services publics dans
les petites communes ?
Je voudrais bien que l’on m’explique
où est le désengagement
de l’Etat. Pour 2003 et 2004, l’Etat
n’a pas diminué les dotations,
que ce soit notamment la DGE (dotation
globale d'Equipement) ou la DDR (dotation
de développement rural).