Nul nest prophète en son pays !
Cest donc à létranger,
en Angleterre notamment, que le Daumas Gassac
a rencontré une clientèle damateurs.
Et le début de la gloire avec des articles
élogieux dans les grands critiques anglo-saxons
du vin. En France, médias et grandes
institutions ont finalement bien été
forcés de saluer le phénomène.
Lhomme dit tout en quelques mots simples
des débats qui agitent la planète
du vin sur ses cinq continents. Un débat
qui a manifestement échappé au
journaliste de Time dont le seul étalon
valable semble être le dollar.
«Quand
on regarde la terre, il faut choisir sa position.
Veut-on être « moderne » comme
un Australien, qui va planter sa vigne pour
15 ans et la forcer à produire massivement
35 000 kg à lhectare. Et quimporte
alors si le jus manque de sucres, dacides,
darômes, on sen occupera ultérieurement.
On va recourir à une nologie industrielle
pour que le produit conserve une parfaite stabilité
même sur un million de bouteilles. Ou
veut-on être vigneron traditionnel, que
sa vigne vive 90 ou 100 ans, et même si
pour cela, elle produit dix fois moins, moins
de 4000 kg à lhectare. Mais je
vais recevoir de la nature, non un vin mais
un millésime marqué par le sol,
le climat, les conditions dune année
et très peu par lhomme. »
Même sil exporte une grande partie
de son nectar, Aimé est un adversaire
farouche de la mondialisation. Elle la
déjà mis au tapis une fois. Ce
Millavois huguenot qui qualifie Louis
XIV, « dHitler du 17ème siècle
» en souvenir de ces ancêtres enterrés
dans les bois- était jusquen 1984,
à la tête dune des plus belles
affaires de cuir de Millau. Chacun sait que
le travail du cuir conféra à Millau
une renommée inégalée.
En 1985 , Aimé Guibert est obligé
de déposer son bilan.
«Lindustrie française du
cuir fut la première victime de la mondialisation.
En un an, 100 000 travailleurs ont été
fauchés lorsquon décida
en 1985 douvrir marché du cuir
aux produits Coréens pour favoriser la
conclusion dun contrat aéronautique.
»
Avec
Daumas Gassac, lindustriel du cuir est
devenu un paysan sûr de son combat : celui
de sauver le lien qui unit lhomme à
la terre. «Tout ce quil y a de riche
et de fécond en Europe vient de la terre.
La paysannerie a créé le paysage,
les courbes de niveaux, les églises romanes,
tout ce qui fait la beauté de la civilisation
européenne. Voilà ce quil
faut sauver.
Pour cela, il faut délivrer la planète
des multinationales» explique ce membre
actif de la de la Confédération
Paysanne de José Bové. Lécouter
nincite pourtant pas à loptimisme.
«Le siècle actuel sera celui où
il y aura plus de misère humaine. Il
suffit de voir la manipulation actuelle sur
les cours du café par les monopoles qui
aboutit à une division des prix par deux.
Cest toujours le même cirque à
la gloire de largent et le mépris
de lhomme ».