>Aimé Guibert, propriétaire et fondateur du Daumas Gassac (sept 2001)
Les
Aveyronnais ont le chic pour troubler lordre
établi même lorsquil sagit
de celui des multinationales. Lhebdomadaire
américain Time Magazine daté du
18 juin 2001, relatait avec une condescendance
teintée dincompréhension
la victoire dun petit Astérix dorigine
aveyronnaise, Aimé Guibert, contre un
géant mondial du vin, Mondavi.
Ce dernier avait projeté de sinstaller
en Languedoc dans la région dAniane.
Les grands élus locaux lui avaient accordé
un bail à long terme escomptant un développement
économique pour la viticulture locale.
Le projet est tombé à leau
devant lopposition de la population locale.
Et Time Magazine, très loin de la nature,
du goût du vin et des autres choses qui
font encore la civilisation européenne
mais très au fait des réalités
économiques de sinterroger sur
cette aberration économique consistant
à refuser le progrès économique
sous prétexte quil vient dun
géant américain du vin.
Aimé
Guibert, propriétaire et fondateur du
domaine Daumas Gassac, fait entendre un autre
son de cloche : «Mondavi est venu me voir
plusieurs fois avant la bataille politique.
Je lai même encouragé à
sinstaller. Mais le jour où jai
appris que les politiques du Languedoc lui avaient
promis une forêt protégée
de 2000 hectares plantée sur les coteaux,
je me suis battu. Cette forêt donne la
fraîcheur de lair, la qualité
de vie, offre les joies de la chasse et des
champignons. Pas question de larracher.
»
«Si Mondavi sétait installé,
ma fortune était faite. Car il aurait
été obligé de chanter ma
gloire pour se fortifier. Entre largent
et la forêt, jai fait mon choix.»
Sans le succès de Daumas Gassac, Mondavi
aurait-il dailleurs choisi de simplanter
à Aniane ? «Daumas-Gassac cest
la pierre fondatrice de la prospérité
vinicole du Languedoc. » explique Aimé
Guibert.
Nul
ne peut contester quil sagit là
dune des réussites les plus originales
et spectaculaires dans le monde du vin de ces
trente dernières années.
Il fallait du culot pour arriver au début
des années 70 et planter sur des coteaux
des cépages différents, comme
le viognier, le chardonnay, le petit manseng
en plein pays du pinard planté en plaine.
Dans le coin dAniane, Aimé est
longtemps passé pour un fada
pour avoir suivi à la lettre lavis
dun autre Aveyronnais, Henry Enjalbert,
un ponte de la géologie, qui lavait
convaincu que la nature pauvre du sol des coteaux
autour de son vieux moulin dAniane avait
toutes les caractéristiques pour donner
un très grand cru. Il lui a fallu ensuite
supporter les ricanements lorsque, dans les
salons, il annonçait les prix
élevés - pour son vin classé
Vin de pays.
Lun des vins de pays les plus réputés
au monde -et lun des plus chers- de France
est celui dun Aveyronnais qui vient de défier
un géant mondial du vin. Voilà encore
quelques jours, en cette période qui précède
les vendanges, Aimé Guibert, était
pris dans les affres passant et repassant dans
ces travées de vignes, observant telle
grappe de Merlot, picorant ici et là un
grain de syrah.
Quelle vigne choisir de vendanger
dabord ? Juste au seuil de la maturité,
ce premier jus donnera cette petite proportion
dacidité indispensable. Qui sera
la seconde, celle qui fournira la fraîcheur
et la légèreté et la troisième
vendangée juste après sa maturité
qui amènera à la dive bouteille
les arômes de confiture et de fruits grillés.