DOSSIER
L'ANNÉE DU SINGE

A PARIS
1- Similitudes parisiennes
2 - Tontines et bistros
3 - Les chinois et les tabacs
4 - Paris mis à mal

AU PAYS
1 - Quel impact sur l'emploi manufacturier ?
2 - Quel impact sur l'artisanat d'art ?
3 - Créativité et sens du commerce
aveyronnais



 

 

 

 

 

 

 

 

 


COMMUNAUTE
 

> L'année de la Chine vue du Pays (fev 2004)



L ’année de la Chine intervient à un moment où la conjoncture est morose pour les entreprises aveyronnaises, quelle que soit leur taille. Les chiffres d’affaires sont en baisse ou stables et la reprise annoncée semble ne concerner pour l’instant que les indices boursiers. Sans parler de filières identitaires telle que celle du bois, menacée. Pour le plus grand nombre, la Chine évoque d’abord une concurrence sauvage et des délocalisations en hausse. Le mouvement n’est pas nouveau. «Le vrai problème aujourd’hui, c’est que sur bien des points, leur niveau technologique est égal au nôtre», explique Yves Censi, député UMP de Rodez qui connaît bien la Chine. Mais la créativité aveyronnaise et le haut de gamme, pourrait, pour certains, compenser ce déséquilibre quitte à toucher de nouvelles niches de marché. Et en croisant des doigts pour que le marché Chinois s'ouvre plus largement et que les riches Chinois consomment du made in Aveyron.


Une épée de Damoclès suspendue au-dessus de l’emploi manufacturier,
L’emploi industriel et manufacturier (17% des emplois) est dans la ligne de mire. Il n'est besoin pour s'en convaincre de songer à l'ouverture à la concurrence asiatique de l'industrie textile à la fin des années 80 et à regarder ce qui reste. Pas grand chose. On pense aux 200 entreprises de la "Mecanic Vallée“ des départements de l'Aveyron, du Lot et de la Corrèze. «Pour les deux prochaines années, leurs responsables sont à peu près sereins. Mais au delà, c'est l'inquiétude qui domine. » explique-t-on à l'association Mecanic Vallée. La plupart des entreprises conduisent des politiques de délocalisation sur l'Europe de l'Est, qu'il s'agisse de l'aéronautique par exemple avec Ratier qui a décroché la commande des hélices du futur Airbus militaire ou de la mécanique. Les entreprises très automatisées telles que Figeac Aero ou la SAM, avec des coûts de main d'œuvre limitées tirent mieux leurs épingles du jeu. Car moins sensibles aux coûts sociaux made in France type 35 heures inconnus des Polonais et à fortiori des Chinois.

Pour les grandes usines, comme celle de Bosch à Rodez, (plus de 2000 employés) seule la performance économique et la sophistication du produit -l'injecteur- permet de résister. Quid le jour où les Chinois, gros consommateur d'automobiles, exigeront un joint-venture sur les injecteurs pour commander du Bosh. Pour l'instant sur place, on est serein. «J’imagine qu’à partir du moment, où l’usine de Rodez fait du bénéfice, il n’y a pas de raison de toucher au site. Et puis comme Bosch est une fondation, les réalités économiques sont différentes.» rassure-t-on au service du personnel de l’entreprise. Même son de cloche chez les élus CGT du Comité d’Entreprise où il n’y visiblement aucune inquiétude : «Le site est sans problème, on n’est pas plus mauvais que les autres». Ce n'est pas le cas partout. Bosch a annoncé en décembre 2003 plus de 600 suppressions d’emplois en France pour sa division freinage.


Sous-traiter ou produire en Chine pour maintenir des emplois au Pays
En fait, l’alternative n’est parfois pas aussi tranchée que la vie ou la mort de l’entreprise. La délocalisation d'une partie de la production ou le recours à des composants ou produits semi-finis peut permettre de maintenir l’activité sur place. Bien des entreprises aveyronnaises, quelle que soient leur taille, y ont recours. Les grandes bien sûr mais aussi les petites.
Ainsi de Raval’or spécialisée dans les pinceaux. Cette entreprise qui emploie une dizaine de personnes sur son site de Combret (Sud-Aveyron) se voit obligée d’importer des pinceaux bas de gamme pour les revendre. « C’est la seule façon de nous en sortir sur ses créneaux et de maintenir une gamme de produits aussi large que possible. Mais on ne se fait pas d’illusions, un jour ou l’autre, ils feront aussi du pinceau haut de gamme. D’une façon générale, je pense qu’il y aura, à terme, un gros problème sur l’emploi. » explique le patron de Raval’Or, Laurent Cresci (ci-dessus).
«Le Vietnam va me payer Millau ! »
La formule lancée par Mary Beyer*, gantière à Millau, qui a repris la maison Lavabre-Cadet, (sept emplois) résume sa situation, selon elle. «Si nous n’avions pas délocalisé le moyen de gamme sur le Vietnam, on fermait le haut de gamme sur Millau. Tous les autres gantiers de Millau, faisaient fabriquer leur production depuis vingt ans à l’étranger, Lavabre-Cadet ne l’a jamais fait, j’ai cru qu’on tiendrait jusqu’à ce qu’Yves Saint-Laurent Haute-Couture ferme. On a perdu 30% du CA. » explique Mary Beyer, qui a délocalisé pour sa part une partie de sa production gantière -celle du moyen de gamme- sur le Vietnam.

 

 

Suite du dossier

 

“Les Chinois sont capables de fabriquer des produits de meilleure qualité. ”
Paroles d’une expatriée aveyronnaise. Cécile Cazes, native de Thérondels, officie depuis plus de cinq ans en Chine. Au sein d’une société de négoce, elle joue un rôle d’interface entre les importateurs français et les industriels chinois spécialisés dans les produits de bricolage.

«Ce qui peut s'avérer plus redoutable, c’est que de plus en plus d’usines chinoises sont capables de fabriquer aussi des produits de meilleure qualité, toujours à faible coût, car le coût de la main d'œuvre ici est presque dérisoire. Ceci peut contribuer à la perte de la notion de valeur des produits artisanaux même si je suis convaincue que le consommateur fera toujours la différence entre un bon produit artisanal et un produit fabriqué par une usine chinoise. Là où la concurrence reste donc déloyale c'est sur le coût de revient plus que sur la qualité et l'image.»


«Ce qui est nouveau en Chine et qui pourra aider -sinon à inverser la tendance du moins rétablir un peu plus d’équilibre dans les échanges c'est qu’elle s'ouvre à la consommation (voire l’implantation de Carrefour, Auchan et autres Ikea) et qu'une partie de plus en plus importante de la population, dans les grandes villes essentiellement pour le moment, dispose de plus de moyens et est demandeuse de produits occidentaux en général . Alors pourquoi pas aveyronnais en particulier? La demande ne cessant d'augmenter sur un marché aussi vaste et disparate qu'il est possible d'imaginer que des produits aveyronnais trouvent leur place à l'export sur le marche chinois comme c'est déjà le cas pour certains à Hong Kong par exemple. »

 

Lire le portrait de cette expatriée aveyronnaise sur le site de son village :

www.therondels.fr

*A noter que Mary Beyer nous a signalé ultérieurement avoir mis fin à cette tentative de délocalisation vers le Vietnam en avril 2004 et a finalement rapatrié sa production orientée vers le luxe à Millau.

 

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