Jean-Bernard
Bros au Petit
Chavignol, (Paris XVIIè) dont le patron,
Bernard Roques-Bouges, originaire de Laguiole,
devait recevoir le 22 mars la "Bouteille
d'Or 2001".

Si
Jean-Bernard Bros avait été un fils
obéissant et respectueux de la tradition,
il serait sans doute aujourd'hui, à la
tête de quelques prospères Brasseries
parisiennes.
Il
avait en effet tous les atouts de la filière
bougnat. Un père arrivé à
Paris avec son patois, une sur, pastourelle
de lAveyron et assidue de la bourrée
de Paris. Or, il nest pas à la tête
dune brasserie mais de la politique du tourisme
à Paris au sein de léquipe
municipale que dirige depuis plus dun an
un autre Aveyronnais dadoption, Bertrand
Delanoë. Dans un milieu réputé
jusquà présent plutôt
conservateur comme celui des Aveyronnais de Paris,
le parcours de ce fils de lozérien originaire
de Termes et dune aveyronnaise du Cayrol
détonne.
Comment ce «deuxième génération»
-il a 46 ans- a pu se retrouver là ?

Bertrand
Delanoë, maire de Paris, Gérard Paloc
et Jean-Bernard Bros chargé du tourisme
au Marché
des Producteurs aveyronnais à Bercy le
13 octobre 2001
Le
vent de contestation post-soixante huitard de
sa jeunesse et un goût du défi la
très vite poussé à remettre
en cause les valeurs parentales. «Quand
je rentrais le midi au bistrot familial de la
rue des Haies, je balayais la sciure et jaidais
à servir les clients. Mais je navais
quune chose en tête : sortir de lunivers
du bistrot. Navoir vu mes parents ne faire
que ça tous les jours de la vie renforçait
ma motivation à voir autre chose».
Cette révolte dadolescent alimentée
par le climat de lépoque le poussa
donc à renâcler très tôt
devant les traditions de la filière rouergate.
Dès 12 ans, il déserte les banquets
damicales. Les images quil en conserve
sont communes à ceux de sa génération
quand le banquet demeurait pour certains patrons
de cafés aveyronnais lunique occasion
annuelle de faire étalage de leur réussite.
Avec les années, il analyse le système
dune autre façon. «Largent
est un moyen et non une fin, il ne donne jamais
le droit dêtre arrogant. Mais aujourdhui,
je comprends mieux ces comportements de ceux qui
ont amassé un pécule à force
dun travail acharné confiné
dans le même endroit.»