Que pensez-vous des débats sur le Pays,
cela a-t-il entraîné une augmentation
du rejet des politiques qui nexistait pas
auparavant en Aveyron ?
Jentends parler du Pays depuis 1974. Cest
une représentation intellectuelle très
séduisante. Je ne suis pas persuadé
que les gens vont sadapter au nouveau contexte.
Donc les pays risquent de calquer simplement les
évolutions et les habitudes de déplacement.
Si le Pays colle à la réalité
économique, il peut être viable.
Sil a une dimension politique trop marquée,
il risque de ne pas être viable. Quon
le veuille ou non, dans la géométrie
des Pays, les oppositions politiques jouent de
manière très importantes. Les pays
sont aussi des réseaux de clientèles
pour des hommes politiques qui ne sont pas les
mêmes que ceux du département. Et
puis il y a dautres questions : dans ces
Pays, y aura-t-il un équilibre entre les
agglomérations et les bourgs.
Et le rejet du politique en France aujourdhui,
est-il aussi partagé par les Aveyronnais
?
Je ne crois pas. Il est moindre en Aveyron que
dans certains milieux urbains de la France. Lhistoire
politique a comporté bien des aléas
et bien des choses négatives. En Aveyron,
nous avons eu des luttes politiques parfois des
luttes physiques qui ont abouti à des procès.
Il
y a aussi cette mutation institutionnelle initiée
par Jean-Pierre Raffarin qui tend à donner
plus dimportance aux régions. Ne
va-t-elle pas diluer lidentité aveyronnaise
?
On a parlé de régionalisation sous
divers régimes politiques. Le département
est une institution qui a plusieurs siècles
dexistence. Il a fait pénétrer
la démocratie au niveau concret dans les
communes. Il a institué la République
au niveau local. Le département demeure
une entité quil paraît difficile
de faire exploser. Pour lAveyron spécifiquement,
du fait de la polarisation et des habitudes de
vie, ce département a ses chances de conserver
une certaine identité dans lesprit
des gens. (aire de Séverac sur l'A75).
Cela nempêchera, une fois les voies
de communication à quatre voies établies,
les Aveyronnais dêtre attirés
par les grandes villes proches. Le Millavois ira
vers Montpellier, le Ségala ou le Ruthénois
iront vers Toulouse. On ne peut pas à la
fois vouloir une intégration rapide au
territoire national, le passage des touristes
et du fret, et refuser que ces attractions sexercent.
Sur ce point, quelles cartes peut jouer lAveyron
?
Lespace est un atout incontestable. Il est
un support touristique. Il suffit de savoir faire
la promotion du département pour développer
le tourisme. La liaison avec Londres va dans ce
sens.
Justement larrivée des Anglais
ne risque-t-elle pas de créer une envolée
des prix de limmobilier et de pousser les
jeunes à lexode ?
Quand on parle du tourisme en milieu rural, tout
est beau, consensuel. Il faut savoir ce que lon
veut. Veut-on limiter les revenus du tourisme
à un certain niveau ou veut-on augmenter
la richesse du département et accepter
une certain nombre de conséquences ?
Je ne suis pas sûr que les jeunes vont partir.
Car dans les régions touristiques françaises
les jeunes sont plutôt bénéficiaires
du développement touristique.
Mais le tourisme ne suffit pas ?
Non, lAveyron a aussi besoin demplois
industriels et artisanaux. Il faut développer
lemploi artisanal et industriel. Attendre
linstallation dentreprises extérieures
cest bien, mais il y a la nécessité
de développer lartisanat local pour
le faire passer au stade de la petite industrie.
La génération des années
60-70-80 avait bien réussi cela par exemple
dans le meuble. Le problème est de savoir
si lon pourra répéter ce mouvement.
Il faut un esprit dentreprise et de création
chez les nouvelles générations.
Un des grands aspects de la formation des jeunes
devrait être de susciter lesprit dentreprise.